Jeudi 19 juillet 2007
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CES IMAGES QUI NOUS TRAVERSENT
Pour découvrir la dernière création de Romeo Castellucci, il faut patienter jusqu’à 1h du matin, puis pénétrer dans l’église blanche des Célestins. Enfin
découvrir Hey girl! (avec Silvia Costa et Sonia Beltram Napoles), spectacle créé le 16 novembre 2006 au théâtre de l’Odéon à Paris, c’est un théâtre plus intime après l’expérience de l’énorme
machine qu’était Tragedia Endogonidia.
Il n’est pas simple de poser des mots sur un spectacle de Romeo Castellucci. C’est avant tout une expérience nerveuse, corporelle : l’expérience de regarder (ce qui n’a rien de facile pour
Castellucci qui dit aimer David Lynch). Plasticien, écrivain du plateau, l’idée de mise en scène prend avec lui son envol, convoquant les corps (notamment celui de la jeune Silvia Costa,
magnifique, sensible), les musiques, les lumières, les objets, les matières, jouant avec tous les éléments, l’humidité chaude de l’église, l’heure du spectacle (1h du matin).
Se méfiant du sens, la parole n’est pas au centre du théâtre de Castellucci, c’est le moins que l’on puisse dire, on se souvient de la réponse ironique faite à Olivier Py, lors d’une
rencontre au théâtre de la Bastille, quand il évoqua son goût pour le langage, en rappelant que dans un spectacle, il avait fait écrire une chèvre (ce qui par ailleurs est vrai, elle montait sur
une machine à écrire).
Un espace
vide
Si la Societas Raffaello Sanzio tourne autant, c’est sans doute qu’ils sont arrivés à un niveau rare de liberté avec les idées, les matières, les images qu’ils mettent en mouvement. Nous avons
rencontré Romeo Castelluci pour évoquer son théâtre, sa violence et sa grâce. Il nous parle de son travail, détendu, concentré, évoquant ce mystère de la représentation et du regard :
« la
représentation doit se dépasser elle - même… il convient de créer un espace vide, qui se remplit de l’expérience du spectateur ».
Mais alors le spectacle ne se passe pas sur la scène mais dans la tête du spectateur ?
« Bien entendu, et dans le corps du spectateur… Le spectateur est vu par le spectacle. Il est pris par
la scène. Comme un courant… On vit dans un langage de communication qui est un langage de malade. Il faut chaque fois être conscient de voir quelque chose. C’est une responsabilité de regarder.
C’est dangereux… Le spectacle est un réveil… Dans la journée, on est des spectateurs impuissants. Au théâtre, le spectateur est actif et responsable… On ne fabrique pas d’images. On est contenus
dans le courant des images… Pour un spectacle, on attend que les images viennent. On disparaît et on laisse les idées, les images venir… Ce qui est montré, ce n’est pas un objet, c’est un courant
qui meut les personnes… Il faut créer un espace d’indétermination qui convoque et implique le spectateur… ».
Et de finir en citant Artaud :
« On ne répond pas aux questions, on les brûle. »
Matthieu MÉVEL
www.ruedutheatre.info
Photo © Christophe Raynaud de Lage/festival d'Avignon
Par Matthieu Mével
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