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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 22:54
MARCHE OU RÊVE

Trois textes tirés de pièces courtes du théâtre de Noëlle Renaude composent le triptyque proposé par la compagnie Les Trois Temps (çela ne s’invente pas…). Ces variations pour âmes seules autour de la rencontre amoureuse se dégustent comme trois petites confiseries, grâce à un quatuor de comédiens attachants et imprégnés de leurs rôles, qui nous font gamberger avec légèreté sur l’universel et épineux sujet qu’est l’Amour... pas toujours rose.

   
L’Amour taraude. C’est quoi aimer ? Qui aimer ? Quand sait-on qu’on aime ? Comment aimer ? Pourquoi aimer plus untel qu’un autre ? Et finalement, à quoi bon aimer ?

Etsi-je-t-aime.jpg
Dans la première saynète, Rose, sirène radieuse et espiègle à l’irréprochable plastique (Frederica Martucci a tout d’une Miss idéale) se fait emballer, dans la moiteur estivale d’une salle de bal, par un dragueur de supérette (facétieux Nicolas Buchoux) qui l’entraîne dans sa décapotable. Elle, fleur bleue idéaliste qui voudrait qu’on donne son dimanche férié aux aborigènes, biche sur l’Australie, une Amérique en plus petit.
La tentation d’une île… L’imaginaire pour se construire un monde idéal, éviter la désillusion du couple, la crainte du mal aimer…

Prendre l’air, ce pourrait aussi être le thème de la rencontre de Géo et Claudie ; Claudie, une nunuche provinciale sexy en diable et un brin vulgaire (Maud Ivanoff fait flageoler) rencontre un boutonneux aux lorgnons à écailles à une fête de village, elle chante des niaiseries et fait la majorette mais rêve des planches ; ils évoquent tous deux quelques années après leurs émois pathétiques.
Renaude ne dénigre pas les petites gens mais épingle affectueusement leurs fantasmes incongrus tout en semblant admirative de leur capacité à s’évader et à se projeter hors du vulgaire, sans toujours y parvenir. Là encore, les personnages ont un pied dans l'ailleurs... Ils fuient leur présent, leur existant, rêvent leur vie à défaut de vivre leurs rêves. Marcher, pour ne pas perdre pied, et rêver ?... Marcher ou rêver, pour sortir du néant ?

Se débrouiller avec soi

Blanche Aurore Céleste apparaît en rupture avec les textes précédents, ce long monologue, servi au biseau et sans mollir par la touchante Émilie Wiest, apporte une tonalité plus désespérante, plus bouleversante et plus inquiétante aussi, qui donne l’envie folle de prendre cet oisillon dans ses bras pour le réconforter de ses misères ; la jeune femme aux patronymes innocents collectionne une sacrée galerie d’amants improbables et d’animaux de compagnie – parfois l’inverse ; pyrotechnicien, cuistot, chauffeur de taxi… les amours de Blanche ressemblent à un catalogue de l’Onisep.

Au fond de la scène, sur un écran qui en prend toute la largeur, les visages se succèdent, et toujours l’hilarante bobine de Nicolas Buchoux qui s’incarne dans les morphologies et les faciès les plus variés et les plus inattendus. « Je me débrouille avec ce qui fait que je suis moi », livre Blanche, une phrase clé qui irrigue les coeurs de chaque personnage du triptyque. Blanche n’a rien de la nymphomane ou de l’érotomane, elle cherche le grand amour que le destin lui refuse en la personne d’un marin, forcément, qu’elle poursuit, forcément, et qui forcément la fuit. Plus arrangeant d'aimer un rêve fugitif que de se poser.
Dans sa quête donjuanesque et tragicomique, souvent marquée par le sang et la violence, elle cherche à saisir l’homme idéal, les avoir tous pour « le » (re)constituer. Blanche, c’est Elvire qui tient sa revanche sur Don Juan. Mais sait-elle au juste à quoi il ressemble ? On aime toujours trop ou pas assez, dur de trouver la dose idoine. Alors quand Amédée, version renaudienne du Brel des Bonbons ramène sa fraise, Blanche accommode ses rêves à la réalité, comme un écho à la pensée cartésienne : "Il vaut mieux changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde".

La mise en scène de Maxime Leroux est émaillée durant 1h20 de petites trouvailles drôles et rafraîchissantes dans des univers où la critique féroce perce sous le badinage romantique, et cela contribue beaucoup à faire de ce spectacle une petite perle, là où il n'est jamais aisé de trouver du liant à des textes épars.

« Si je t’aime » réunit un quatuor performant, un très désopilant Nicolas Buchoux au milieu d'un trio de belles comédiennes - et aussi de comédiennes belles - avec lequel on n’a pas envie de rapprocher le verbe aimer du conditionnel.

Stephen BUNARD
www.ruedutheatre.info

Visualiser la bande-annonce du spectacle.

Et si je t’aime...
D’après trois textes de Noëlle Renaude :
Rose, la nuit australienne ; Géo et Claudie ; Blanche Aurore Céleste.

Mise en scène : Maxime Leroux
Avec : Maud Ivanoff, Federica Martucci, Émilie Wiest, Nicolas Buchoux
Compagnie Les Trois Temps

Présence Pasteur - 13, rue du Pont-Trouca – Tél : 04 32 74 18 54
Tous les jours à 14h15 du 6 au 27 juillet 2007.

Photo © DR

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Published by Stephen Bunard - dans Festival Off 2007
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