En exclusivité pour
RUEDUTHEATRE et pendant tout le Festival d'Avignon 2007, l'humoriste, comédien et auteur lyonnais Pascal Coulan nous raconte, vu des coulisses, le quotidien d'une troupe qui découvre pour la
première fois les joies et les affres de la vie avignonnaise.
A+15 : samedi 21 juillet (36)
10 heures du matin, branle-le-bas de combat ! La femme de Jean-Pierre débarque. Catherine se lève plus tôt que prévu et JP lave les draps. L’emmerdeuse arrive avec des croissants « Finalement
elle est sympa Josiane ! ». Et Josiane découvre un monde nouveau ! D’abord, la maison est en piteux état. Sept MISÉREUX au jour le jour, même propres, ça laisse des traces… de Nutella, précise
Catherine en bouffant tous les croissants. Mais pas seulement ! Puis, JP est comme un nouveau mari. Moins chaleureux ! Tellement fatigué ! Les MISÉREUX ont tous la même excuse !!
Collage, racollage, décollage, les MISÉREUX font salle comble. Avec des acheteurs en pagaille. Il y a même ceux de leur région qui ne se déplacent jamais chez eux, mais qui visiblement n’ont que
ça à faire à Avignon. C’est ça qui est bien dans ce festival, on rencontre plein de monde, même ses voisins.
« Qui m’a piqué mon épée ? » s’inquiète Omar en rangeant le matériel. Personne ne répond. Regard furtif… Joël ! Encore lui… ! Omar s’apprête à lui foncer dessus quand Marie-Claude
s’interpose. « Laisse ! »… Effectivement, Joël l’avait prise : « Pour me faire hara kiri, comme un samouraï de la scène, parce que tu ne viens plus m’applaudir » « Mais je ne suis jamais
venue t’applaudir, on n’a pas le temps, et tu m’as dit d’attendre l’an prochain, dans le IN »… Pauvre Joël, la nuit dernière il a rêvé que
Gérard Philipe l’encourageait à remonter Lorenzaccio pour la Cour d’honneur, et toute la nuit, il a empêché Marie-Claude de dormir en
lançant ses tirades. « Je préfère quand il veut monter du Camus, ça m’endort ! ». Comme beaucoup de verve, la sienne s’est éteinte au matin… en apprenant que l’an prochain, le déjà vieux couple
sélectionneur du IN ne l’avait pas prévu dans la Cour d’honneur. D’où le seppuku avec l’épée d’Omar.
Dans un autre coin de l’Ecuelle, Annick s’approche d’Alain : « pourquoi aller chercher à Tataouine ce qui est sous la main.... et Alain, grand conteur de la Compagnie des Alvéoles, est plutôt
ouvert. Il est suisse. Pour les contes, c’est mieux. »
A Avignon, on en rencontre du monde. Toutes ces compagnies qu’on croise aux tables, dans les rues piétonnières, des Lices aux Teinturiers… à force de se tracter les uns les autres, on s’invite
les uns les autres, et toutes les régions de France se montrent spontanément leur spectacle. A une semaine de la fin du festival, chacun se rend compte de la présence de 850 spectacles de
qualité. Et c’est une chance d’en être et de se rencontrer, la tête bien au-dessus des loueurs de garages, des clim’ pas chères faiseuses d’angines ou des restos concepts sympas à 20 Euros la
diarrhée... pardon... la salade ! Oui, au-dessus de tout ça, loin des tonnes de cartons qui pourrissent avec des chiens qui pissent dessus, il y a des comédiens, des danseurs, des clowns, des
musiciens, des régisseurs qui les posent, les distribuent, jouent et créent des choses magnifiques, à voir, à ne pas rater. Plus qu’une semaine ! Les MISÉREUX s’en rendent compte. Ils sont bien
ici. Chez eux !
Parole de lecteur