En exclusivité pour
RUEDUTHEATRE et pendant tout le Festival d'Avignon 2007, l'humoriste, comédien et auteur lyonnais Pascal Coulan nous raconte, vu des coulisses, le quotidien d'une troupe qui découvre pour la
première fois les joies et les affres de la vie avignonnaise.
A+16 : dimanche 22 juillet (37)
Aujourd’hui les MISÉREUX font les comptes. Et dans toutes les salles, à J-6 de la fin, tous les Gérard loueurs de n’importe quoi, murs qui se désagrègent, cinémas déglingués ou garages
millénaires, réclament le solde de toutes les compagnies. Pour leur compta ! Et toutes les troupes, exténuées, lessivées, n’ont qu’une envie, faire de ces Gérard des cartons qui pendouillent
vivants.
Au théâtre du Tilleul jaune, le vieux gérant déguisé en coco anar flatte les compagnies qu’il a « invitées » en leur rappelant qu’elles leur doivent 4.000 euros de frais de timbres. Partout les
calculettes, partout les mêmes mots : « c’est pour ma compta ! » Aux Théâtre des Trois coups tordus, le liquide coule à flots, comme le Rhône de tant d’épiceries. C’est tellement coulant le
liquide ! A l’Espace Venusa, une compagnie a loué les plus chers gravillons du monde. Elle a tout emmené, gradins, technique, tout, et l’Espace généreux lui a offert 20 m2 de plus. 10.000 euros
les gravillons, Donné ! Pour la compta, la scène se répète des centaines de fois.
C’est dimanche, la grand messe est dite. Des spectacles ont marché, d’autres pas, des troupes sont ruinées d’autres juste appauvries, les subventions sont englouties, les MISÉREUX font les
comptes. La salle, la maison, les transports, les dégraissages, les courses, la Nutella (oui, on dit "la" Nutella, vous commencez à l'avoir remarqué) : 2000 euros par jour ! La recette est comme
un nouveau film : invisible !
« Pour se payer, ça va pas le faire ! » annonce Jean-Pierre. Les MISÉREUX retrouvent la réalité. Personne ne dit rien ! Un nuage nauséeux flotte sur la piscine. Un serpent s’en extirpe, puis une
masse sombre indistincte. « Ah !», Annick tombe dans les pommes, la créature du lac noir ?! Non, le proprio qui a enfin débouché le conduit. Fou rire général !! Nerveux mais sincère. Les MISÉREUX
se reprennent. Le festival n’est pas fini ! Parade, tractage, musique des Balkans qui attire tant le chaland, rencontres et aventures. Des centaines de compagnies attrappent elles aussi un fou
rire ! Dans le OFF, personne ne sera payé ! Et alors, y’a les indemnités ! C’est ça la fameuse magie du théâtre du OFF.
C’est pourquoi dimanche prochain, au Cloître St Louis de l’Autel de la Culture, que MISÉREUX, loueurs de murs, mastroquets, restaurateurs d’un mois, paradeurs, bibeloteurs, imprimeurs, acheteurs,
et publics, que tous s’agenouillent et prient Ste Marie des ASSEDIC ! Pour que l’OFF dur dure, et que la magie perdure !
Parole de lecteur