Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 20:46
UN MONDE À VOMIR

Lee Hall, scénariste du film à succès Billy Elliot, et auteur dramatique britannique d’à peine quarante ans ne laisse pas indifférent comme l’illustre cette pièce violemment grinçante sur la société d’hyperconsommation et l’impérialisme américains. C’est trash, inconvenant, violent, percutant, souvent tordu. C’est anglais. Et ça réveille.


La scène est coupée en deux, côté jardin, la cuisine, côté cour, le salon. La cuisine est le lieu idéal où se jouent les tragédies, aimait à dire Antoine Vitez. Chez Elvis, on y charcute les sentiments, on y exhibe les corps prêts à se consommer, on y dépèce le tréfonds de l’âme. Une mère anorexique et nymphomane, un père « elvicisé » et quasi empaillé à la suite d’un accident, une enfant boulotte avide de bouffe et de sexe, un minable représentant de commerce en pâtisseries au corps d’éphèbe, forment le cocktail de baltringues un tantinet frappés qui s’agite dans l’appartement aux couleurs flashies.

cuisinedelvis.jpg
Peu importe l’histoire de cette famille finalement, peu importe que la gosse se tape l’amant de sa mère qui ne déteste pas son mari, qui ne sert plus à rien, sinon à montrer un monde à genoux, qui porte en lui les germes de sa fin. Car si la satire est anglaise, la cible est américaine. Les obèses qui s’empiffrent, les moeurs qui se délitent, les beaufs dont la cervelle vaut celle d’un steack haché, les reliquats d’un pouvoir évanoui et la nostalgie ironique d’un monde en vestiges qui promettait un ordre nouveau et libérateur à base de sexe et rock’n roll et qui n’offre aujourd’hui que la misère (sociale et culturelle) et les larmes (de la guerre). Cet Elvis triomphant qui reprend vie entre les saynètes pour apporter un discours de paix pontifiant et ubuesque est un fantoche bien fantomatique, incarnation persistante de l’Amérique donneuse de leçons, Bible à la main.

À l'anglaise

Dans cette comédie noire et acide, Lee Hall fait penser à son émérite confrère Ken Loach dans l’art et la manière dont la réalité sociale sans fard est dépeinte à travers la vie du vulgaire. Mais Hall est moins intéressé par le réalisme de la dimension sociale et politique que par le souci de concocter sa cuisine à l’anglaise, qu’il veut pimentée à l’extrême, déroutante à souhait, à la fois écoeurante et roborative. Hall donne à manger tout ce qu’il semble vomir.

La mise en scène de Jean Maisonnave nous apparaît ainsi d’une fidélité sans faille, faisant de nous de parfaits voyeurs, provoquant la nausée – pour de vrai – rendant épidermique la relation qui nous lie à des personnages crûment brossés.

L’ensemble de la distribution est à niveau, qui met les bouchées doubles.
Sébastien Foutoyet (Stuart, l’amant), bronzé et bien gaulé, donne vite l’impression de devenir un morceau de céréale broyé dans des histoires qui le dépassent, lui-même consommé par les femelles comme un objet, jeté et mis aux ordures.
Rainer Sievert (Elvis) ne détient pas un rôle phare en termes de répliques mais chacune de ses apparitions vocales nous laisse sans voix – d’autant que l’hilarant comédien ressemble à Laurent Gerra imitant Elvis.
Si Valérie Moinet (la mère) ne manque pas de talent – et de charmes -, Pascale Oudot phagocyte la scène et ses partenaires. Elle incarne une gamine repoussante dans ses manières et amorale dans ses états d’âme, mais dotée  d’une fragilité béante et attendrissante.

Auteur, compagnie, metteur en scène et comédiens nous offrent de cette cuisine d'Elvis une belle mise en bouche qui donne envie de suivre leur travail.
Stephen BUNARD
www.ruedutheatre.info

Texte de : Lee Hall
Traduction : Louis-Charles Sirjacq et Frédérique Revuz
Mise en scène : Jean Maisonnave
Avec : Sébastien Foutoyet, Rainer Sievert, Valérie Moinet, Pascale Oudot et la tortue Stanley.

Grenier de Bourgogne – 94 bd de Mansart 21000 Dijon – 03 80 63 83 33
Images, recherche musicale : François-Xavier Delarue
Costumes : Brigite Pillot
Lumières : William Lambert (création) et Lilan Renaud (régie)
Décor : Jean Maisonnave

Espace Roseau 8, rue Pétramale 84000 Avignon – 04 90 23 96 05 – jusqu’au 28 juillet à 11h30.

La pièce est éditée par l’Arche éditeur (2002).

L’auteur :
Lee Hall, scénariste, auteur dramatique, est né à Newcastle (Grande-Bretagne) en 1966. Il écrit en 1997 sa première pièce Face de cuillère. http://www.ruedutheatre.info/article-3015773.html
En 1999, il écrit le scénario de Billy Elliot (cinéma), réalisé par Stephen Daldry et nominé aux Oscars pour le meilleur scénario. En 1999-2000, il est invité en résidence d’écriture à la Royal Shakespear Company dans le cadre du prix Pearson. Il écrit La Cuisine d’Elvis en 2000, adaptée de la pièce radiophonique écrite pour un programme de la BBC. Il réside et travaille aujourd’hui pour le cinéma à Hollywood.

Photo © DR

Partager cet article

Repost 0
Published by Stephen BUNARD - dans Festival Off 2007
commenter cet article

commentaires

Elle et Vire Presse-Lait 03/09/2007 11:21

J'aime bien votre article M. Stephen, et j'ajoute même si ce Elvis n'a rien à voir finalement avec le vrai (enfin je crois qu'il est symbolique si j'ai bien compris votre article), bref que 20 millions d'américains croient que Elvis Presley est encore en vie !!! Si c'est Télé 7 Jours qui le dit... Alors il faut savoir aussi que cela rapporte chaque année 40 millions de dollars de revenus en droits... Un des morts qui rapporte le plus...Et la cuisine, il paie des droits ? A qui ?

Chronique Fraîche