RITUEL POÉTIQUE DE L'ENNUI
Selon Raimund Hoghe, 36 avenue Georges Mandel, est, comme son nom est censé l’indiquer, un hommage à Maria Callas. Dans le style typique du danseur-chorégraphe, cette proposition est en
fait un hommage qu’il se rend.
Le cadre de la chapelle des Pénitents Blancs est admirable. La scène contre le mur mutilé à dominante de marron clair se coule dans l’espace comme un des éléments du décor. Cette composition
scénique simple et cohérente se prolonge par le corps déformé de Raimund Hoghe, qui apparaît dormant sous une couverture, que de loin on sait rêche, couleur de mur aux croix rouges allusives.
Après le préambule accompli par une autre présence à peine vue qui vient délimiter de liquide transparent à peine visible, les objets de la scène déjà posés sur scène, on entre dans le monde de
Hoghe que délimite à son tour le geste ritualisé par la répétition, répété sur la voix admirable de la Callas dont certains airs majeurs reviennent plusieurs fois. Un geste. Un air chanté. Le
geste répété quatre fois au long de l’air chanté. C’est par cette structure d’une simplicité extrême que tient ce spectacle d’une heure et demi, créant un véritable temps et espace poétiques de
l’ennui. Car on s’ennuie doucement tout en se sentant protégé dans un monde bien hermétique, on s’évade, on fait autre chose, un papier, on le lit, heureux, satisfaits et calmés par la beauté des
chants de la Callas, intrigués par les gestes répétés du danseurs qui nous ravissent de temps en temps quelques secondes d’attention, avant de repartir vers une autre rêverie.
Bien que déterminante pour pouvoir supporter cette mise en scène mégalomaniaque, la présence de la Callas semble artificielle. Le rapport entre le mendiant, isolé travesti que la ritualisation
des gestes empêche de sombrer dans la folie et la Callas est mystérieux. La Callas est présente comme une voix, une illustration, un accompagnement. Elle n’a pas le premier rôle que Hoghe en fait
garde jalousement, malgré la sujétion idolâtre qu’il exhibe, quand, au salut, il pose à ses pieds, c'est-à-dire à nos regards, un disque de la cantatrice surmonté d’un lys blanc. Il ne nous
trompera pas. La Callas n’est qu’une excuse à sa propre mise en scène, lui le danseur seul, dansant le corps marginalisé de la société, lui justement ce corps blessé, bossu, petit et laid, qui
danse devant le mur mutilé. Si Hoghe efface toutes les présences même en les faisant apparaître, la voix de la Callas, trace manipulée du fantôme abusé, permet pourtant d’habiller de beauté la
mégalomanie, et nous évite de mourir d’ennui.
Frédérique MUSCINESI
www.ruedutheatre.info
36, avenue Georges Mandel, Chapelle des Pénitents Blancs, à 19h30 jusqu’au 25 juillet
Conception, chorégraphie et danse : Raimund Hoghe
Danseur invité : Emmanuel Eggermont
Musique : Maria Callas
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