UNE BELGIQUE CAUSTIQUE, SARCASTIQUE ET SATIRIQUE
Auteur compositeur interprète libertaire militant, Claude Semal a décidé de fêter durant plusieurs années encore le 176e anniversaire de son pays. Comme il a de l’humour, un sens très développé
du rythme, des opinions bougrement critiques à l’égard de notre société, il fait mouche avec la complicité du musicien Eric Drabs.
En néerlandais, le suffixe « tje », comme « et » ou « elet » en français, signifie petit. Et c’est ce qui qualifie cette séance de cabaret mais aussi sans doute le mieux cette patrie minuscule,
cernée en quelques couplets par la « Visite guidée » d’André Bialek. Les autres chansons et les sketches qui suivront explorent avec le mordant d’autodérision nécessaire : la nourriture et la
boisson, les problèmes linguistiques, le climat pluvieux, certaines traditions folkloriques, la royauté, l’Europe, la triste condition des chanteurs « brelges »… En guise de bonus, s’ajoute le
massacre architectural de Bruxelles par les promoteurs immobiliers qui, à l’instar de certains politiciens, ne sauvent que la façade.
Semal et son partenaire ne craignent nullement la caricature. Déguisés l’un en moule de Zélande, l’autre en frite congelée, voire en betteraves, ils se gaussent des stéréotypes. Ils foncent
allégrement dans le burlesque, dans l’absurde, dans la charge élaborée au vitriol. L’impertinence n’épargne personne. Et quelquefois, sous les rires, pointe la conscience très aiguë des
dysfonctionnements démocratiques. Ainsi la scène de l’apprentissage de l’usage du coussin par un apprenti gendarme se réfère à l’élimination brutale de Samira Adamou, réfugiée politique ramenée
de force vers son pays. Le drolatique des répliques se mue en émotion. Car s’il est permis de se moquer de tout, c’est à condition que cela serve à une réflexion sociétale.
La virtuosité poly-instrumentale de Drabs, la voix chaleureuse du chanteur, la connivence permanente entre les comparses entraînent dans un tourbillon de musiques, une atmosphère de kermesse
populaire. Pas besoin d’être Belge pour rigoler. Les allusions difficiles à percevoir par des étrangers sont minimes. Tout le reste est universel, soutenu par une énergie donnée sans compter à
des publics vite conquis, sur fond de limonaire et de dégustation de bière d’abbaye.
Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info
Textes et chansons : Claude Semal
Mise en scène : Martine Kivits, Laurence Warin
Distribution : Eric Drabs, Claude Semal
Scénographie et costumes : Odile Dubucq
Musiques : Bialek, Drabs, Duchesne, Kivits, Massart, Semal
Production : La Charge du Rhinocéros / Théâtre du Chien écrasé / Le Public
Au Théâtre des Doms, 1 bis rue Escaliers Sainte-Anne, jusqu’au 28 juillet à 22h30 (0490 14 07 99)
Photo © DR
Parole de lecteur