Volver.
CZ : Patty Diphusa est votre première création ; et récente de surcroît.
SL : C’est la première mise en scène qui existe vraiment. J’ai fait beaucoup de théâtre et j’ai toujours gardé ce lien intact, puis j’ai été amenée à l’écriture de documentaires pour les ateliers
de création de Radio France. J’expérimentais alors l’univers sonore, le court métrage m’intéressait aussi, si bien que travailler le son et l’image a donné naissance à de premières expériences.
Une toute première étape a été marquée par une performance où le plateau et le cinéma se côtoyaient déjà. Dans cette création de Patty, la vidéo représente l’inconscient du personnage projeté sur
grand écran en écho au récit. Le spectacle offre à Patty la caméra, l’écran, l’image. Mais son double, l’auteur rode.
Quel regard avez-vous par rapport à l’oeuvre d’Almodovar ?
Si l'on devait écrire l’avant-pièce de cette création, elle débuterait par Almodovar, chez lui, dans sa période Movida, une période de son existence où il se maquille, se travestit en femme.
Patty, c’est son fantasme, la femme qu’il serait s’il était une femme. Et puis, il y a ce côté subversif qui m’attirait beaucoup, les années 80 si
libératrices après une période politique marquée par l’empêchement. J’aimais déjà ce rapport à la société, au monde, à la politique, puis le tissu social qui entoure les œuvres d’Almodovar.
Comment avez-vous abordé le travail d’adaptation du texte et sa traduction ?
Almodovar a une façon caractéristique de traiter les souffrances et la tragédie ; avec tant d’humour et de tendresse. Il a cette faculté de décortiquer l’être humain au scalpel et de mettre le
doigt sur les mécanismes psychologiques des névroses. J’aime cette empathie et cette humanité dans le regard qui est porté sur autrui.
Le plus important pour moi,
c'est de retrouver la rythmique propre à Almaodovar, arriver à la même musicalité textuelle qui finit par provoquer le rire. Ce rire vient aussi de l’accumulation des adjectifs
dans la description que fait Patty de ce qui lui arrive. Outre les arrêts sur image, les poses donnent le ton du récit et ce qui est crucial est certainement cette rythmique propre à Almodovar à
laquelle j’ai accordé une importance toute particulière. J’ai été très vigilante sur ce point dans l’adaptation.
Le choix de la comédienne Emmanuelle Rivière qui incarne Patty est particulièrement réussi, comment la rencontre s’est-elle produite ?
La rencontre s’est produite par l’intermédiaire d’Olivier Scotto qui organisait un stage pour des comédiens dont Emmanuelle a fait partie. A l’issu de ce stage, elle a entendu parler
de mon projet, de l’alliance de théâtre et de cinéma qui était la mienne. Nous nous sommes rencontrées et dans le même temps, une amie m’a offert une traduction des chroniques de Pedro Almodovar
dans un livre intitulé
La Vénus des lavabos. Et c’était parti… c’est un vrai travail en binôme, elle avait travaillé une partie du texte et quand je l’ai vue, je me suis dis que c’était
elle. Ensuite, beaucoup de gens nous ont aidé pour que le projet existe. Patty est avant tout le résultat d’un travail collectif.
Et aujourd’hui, un nouveau projet en perspective ?
La diffusion de Patty est en cours actuellement mais je projette le montage de
Macbeth de Shakespeare dans une mise en scène où se mêleront à nouveau théâtre et vidéo, la partie cinéma
constitue toujours l’inconscient. Mais le travail sur le son qui m’est cher, sera aussi important ; pourquoi pas cette fois-ci des capteurs sonores sur le plateau avec lesquels joueront les
comédiens. Le public aura aussi beaucoup plus la sensation que les comédiens entrent dans l’écran… La partie filmée sera celle des fantasmes, un second monde, celui du cosmos, des sorcières…
Propos recueillis par Christelle ZAMORA
www.ruedutheatre.info
Parole de lecteur