Mardi 7 août 2007
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DE L’ÉCRITURE AUX MYSTÈRES DE LA VIE
Il est un récit qui évoque des instants de la vie de Marguerite Duras (1914-1996), un moment insolite où la romancière a regardé mourir une mouche. L’ouvrage qui contient ce récit, paru seulement
trois ans avant la mort de l'écrivaine, s’intitule Écrire. Là, elle évoque ce sujet qui nous concerne tous, alors qu’il la concerne de près.
La scène se déroule à la campagne, alors qu’elle attend l’arrivée de la cinéaste Michèle Porte. Une mouche agonise. Sans doute pour renvoyer la tonalité diaphane du texte, Mariam El Gouzi, qui
interprète ce texte, porte une robe blanche. Elle se cache derrière un voile de tulle blanc pour lâcher les mots de cette conversation solitaire. Sa voix, son ombre, le blanc et la projection
vidéo de lettres puis de bribes de phrases donnent à la scène une tonalité cristalline et douce. La comédienne, non voyante, raconte la solitude et l’histoire de son double : l’écrit. Un fond
sonore accompagne ses mots d’un cœur qui bat comme le tic-tac du temps. Et cette voix s’adresse à nous :
« Il ne suffit pas d’être seul pour écrire, il faut encore que le doute nous
habite. Il faut être plus fort que soi pour aborder l’écriture… Écrire, c’est se taire, c’est hurler sans bruit ».
Dans cette mise en scène sobre, sans éclat, ressort la pureté du thème, la lecture y est lente pour un sujet qui aborde finalement cet arrêt de le vie qui se niche dans le corps d’une mouche.
Lorsqu’à la fin du récit, la voix de la comédienne laisse place à une pluie de lettres sur l’écran, le public est entré dans le vif du sujet.
Un monologue saisissant
Si le texte pousse à la réflexion, la mise en scène laisse une place à la rêverie alors que le sujet oscille entre profondeur et légèreté. Et finalement, la mort d’un insecte porte à
réfléchir sur l’existence. L’existence même de celle qui écrit ses lignes. Marguerite Duras a été une grande solitaire, elle pourrait être l'une de ses mouches attrapées au vol.
Si le thème peut paraître surprenant ou pénible, il n’est pas pour autant affligeant même si cette mise en voix lui rend tout son sérieux. Un joli travail d’interprétation a été mené, de surcroît
par une personne handicapée visuelle, ce qui ne fait qu’ajouter de la sensibilité à l’élan d’interrogations qui sont ici posées. Duras se sera laissée aller à un questionnement difficile voire
même dangereux sur le sens de l’écriture, qui aura suscité, sinon toute notre curiosité, du moins toute son ingéniosité pour s’interroger plus largement sur l’avenir de l’humanité.
Quant à cette jeune compagnie, créée il y a quatre ans, elle entend favoriser et promouvoir l’accès de personnes handicapées à l’engagement théâtral. Un objectif louable qui nécessite de
l'entrain.
Christelle ZAMORA
www.ruedutheatre.info
Compagnie Lydlo
Création Avignon 2007
Interprète : Mariam El Gouzi
Mise en scène : Laurent Rousset Vidéo : Gaël Breton
Avignon OFF - Du 6 au 28 juillet 2007
Centre européen de poésie d’Avignon à 21h30
Tel : 04 90 82 90 66
Parole de lecteur