SOPHOCLE CHEZ LES SDF
Longtemps interdit en Pologne, le texte de Janusz Glowacki est joué au Théâtre de La Luna dans un décor et une mise en scène soignés et par des comédiens parfaits en tout point.
Un banc en bois dans un parc de New York, dépouillé de sa vie, l’hiver. Anita, SDF à l’âge indéterminé qui traîne toujours son caddie avec elle comme une tortue traîne sa carapace, vient
réveiller Sacha, endormi sur le banc sous sa couverture. Elle cherche Paulie, l’homme qu’elle aime. Flea, toujours en quête d’un peu d’argent à escroquer et compagnon de banc de Sacha vient les
rejoindre. Paulie est mort. Sacha et Flea vont donc se mettre enquête de son corps pour lui offrir un enterrement digne, près des siens.
Janusz Glowacki, l’auteure polonaise d’Antigone à New York a repris la trame de la tragédie de Sophocle pour la replacer dans un contexte contemporain et dans le microcosme des
sans domiciles fixe. Le texte est magnifique d’humanité et d’intensité. Ces SDF sont, certes, des figures grotesques et boiteuses, mais ils sont tellement plus humains que le personnage
inquiétant du policier, habillé en homme d’affaires et qui expose avec cynisme les procédures d’interpellation des contrevenants.
Anita et Paulie, Flea et Sacha puis Sacha et Anita, les SDF fonctionnent en binômes qui s’attachent l’un à l’autre comme à une bouée de sauvetage crevée. Ces clochards en guenilles sont en vérité
un miroir de notre vie car ils ne réagissent pas face à l’oppression symbolisée par le policier. Ils préfèrent s’emmurer dans des rêves impossibles que la société leur fournit à l’image d’une
Marilyn Monroe dont le portrait trône au sommet d’un arbre mort. Ils préfèrent se faire des promesses qu’ils ne tiendront jamais. Ce cadavre, finallement, c’est leur honneur et leur dignité
qu’ils ont perdus, comme ça, sans s’en rendre compte, et qu’ils tenteront de récupérer dans un sursaut d’orgueil.
Les quatre comédiens sont émouvants et confondants de vérité. Samir Dib, Céline Sorin et David Marchetto ne cherchent pas à rendre leurs personnages meilleurs qu’ils ne le sont. Le pathos est
exclu de cette tragédie et il ne reste au fond que de la tendresse pour ces héros marginaux.
François Juillard campe un policier féroce de cynisme, représentation douloureuse de notre bonne conscience.
La mise en scène d'Alfred Le Renard est sobre et bannit les grands effets. Il se contente d’épauler un texte déjà puissant et d’accompagner d’excellents comédiens. Cette
Antigone à New
York est magnifique. Magnifique et accablante.
Morgan LE MOULLAC (Avignon)
www.ruedutheatre.info
Antigone à New York de Janusz Glowacki
Mise en scène de Alfred Le Renard
Décors de Jean-Marie Baré
Lumières de Jérôme Lété
Avec : Céline Sorin, Samir Dib, François Juillard et David Marchetto.
Au théâtre La Luna, 1, rue Séverine, Avignon
Du 6 au 28 juillet à 12h10
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