DEVENIR SOI MALGRÉ TOUT
Lorsque Souffian El Boubsi entame son seul-en-scène, on se dit qu’il va nous parler de lui et de son enfance d’immigré. Comme Sam Touzani dans « Liberté, égalité, sexualité » ou comme Mohamed
Barri dans « Lost cactus » dont les propos sont enracinés dans l’autobiographique. Contrairement aux apparences, le propos est tout autre.
Bien sûr, cela commence par le côté révolté de l’ado qui se voit maltraité et méprisé par un père autoritaire, rigoriste, violent, injuste ; écrasé par un frère préféré et considéré comme plus
intelligent que lui. Bien sûr, cela se traduit par un comportement agressif, provocateur, intransigeant qui marque un repli sur soi et une sorte de haine latente d’autrui. Et, lorsque le
monologue semble tracer un portrait acide de ceux qui apparaissent comme des représentants de l’intégrisme obtus, on se réjouit de l’audace du jeune comédien auteur.
Il n’est bien entendu pas commode pour un musulman de culture de prendre de front un obscurantisme dont les manipulations ont créé des extrémistes aveugles. Alors, Soufian prend le biais du conte
initiatique traditionnel pour embarquer son public de jeunes vers les fantasmes de liberté, de réussite sociale et d’amour partagé qui animent chacun, tout en laissant en arrière-plan la présence
malsaine des instigateurs terroristes.
Retour sur soi
Il déploie une verve intarissable. Il se livre à une véritable performance orale et corporelle qui tient davantage d’un marathon oral que d’une conférence didactique. Le recours au légendaire
illustre sa démonstration qu’avant de parvenir à se connaître soi-même, à s’assumer et à être capable d’aller vers les autres, de les accepter afin qu’ils vous acceptent à leur tour, il faut
dépasser la forfanterie de celui qui prétend ne jamais connaître la peur.
Sans doute le langage de l’interprète s’embarrasse-t-il un peu trop de redondances systématiques dans le domaine de ce que les linguistes appellent le
phatique, constitué par des tics de
langue ou des rappels incessants à l’écoute. Mais le ton direct convainc. Les ados auxquels s’adresse en priorité ce spectacle se retrouveront dans le phrasé, le timbre de voix, le déplacement
des accents toniques, le vocabulaire. Ils trouveront peut-être aussi l’envie d’un retour sur soi en vue de dépasser les blocages superficiels mais tenaces, entretenus sciemment par la société,
pour séparer les générations et les classes.
Michel VOITURIER
Présenté aux Rencontres du Théâtre Jeune Public de Huy le 20 août 2007
Texte et interprétation : Soufian El Boubsi
Mise en scène : Hamadi
Production : Théâtre du Public (Écaussinnes)
Durée : 1h10
Public : 14-16 ans
Photo © Sara Tant
Parole de lecteur