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Festival d'Avignon

18 juin 2006 7 18 /06 /juin /2006 12:09

Reprise Avignon 2006 - Article publié le 21 novembre 2005

UN BADINAGE TRAGIQUE ET GRINCANT
 
Jusqu’au 20 novembre 2005, le Théâtre du Chêne Noir donne sa première création de la saison 2005-2006 avec « On ne badine pas avec l’Amour » d’Alfred de Musset. L’œuvre théâtrale de Musset n’en aura pas fini de si tôt de livrer ses inépuisables richesses, à travers un langage d’une subtilité rare et des personnages d’une indéniable densité sous une légèreté et une désinvolture souvent trompeuses, car de simple façade. Ce théâtre, au travers d’une thématique déjà annonciatrice, au début de la décennie 1830-1840, de celle du 20ème siècle, demeure aujourd’hui d’une puissante modernité. D’autant que Gérard Gelas metteur en scène ne s’est pas privé de tirer le récit théâtral de Musset dans une direction quelque peu déstabilisante pour le spectateur, au moyen de deux scènes – muettes et nocturnes, alors que la pièce se déroule en plein jour – de son crû, la première en prologue, le deuxième juste avant la scène finale.

 



On connaît l’argument… Le retour de Perdican, jeune étudiant de petite noblesse, dans la baronnie locale de son père, lequel veut lui faire épouser sa nièce, Camille, dix-huit ans, fraîchement sortie du couvent. Mais la jeune fille, prévenue contre les comportements masculins, n’envisage pas le mariage… Pour manipuler Camille, Perdican séduit Rosette, une jeune paysanne soeur de lait de Camille, et lui fait croire qu’il va l’épouser. Cette situation finira très mal… sous le regard et les interventions d’abord narquoises au début, désespérées à la fin, d’un jeune paysan, amoureux de Rosette, tenant le rôle du Chœur…

Derrière ces trois personnages jeunes et épris d’un Amour idéal, évoluent les représentants de l’ordre établi – l’Ancien Régime – et sa pensée unique : le Baron, petit noble provincial à la fois ridicule et un peu inquiétant, très imbu de ses prérogatives, Dame Pluche, gouvernante de Camille, duègne prétentieuse, teigneuse, confite en dévotion, Maître Blazius, gouverneur de Perdican, Maître Bridaine, le curé, tous deux très avides d’user et abuser de la bonne chère et des bons vins du Baron. Tous ces personnages sont les « fantoches » d’un univers social en perdition, Eden de pacotille, vestige des « bergeries » et autres « pastorales » dont furent longtemps friands les parasites de la Cour royale… La mise en scène de Gérard Gelas est très tonique. Elle utilise intelligemment un élément scénique unique : un petit pont dont l’arche, démontable en trois éléments, permet d’évoquer les différents lieux de l’action et crée une véritable dynamique spatiale pour les entrées et les sorties des personnages mais aussi leurs inter-relations dans le contexte du drame…

Le glissement de sens opéré par Gelas avec les scènes muettes et nocturnes, hyperréalistes, me paraît très intéressant à plus d’un titre. Dans la première – qui tient lieu de prologue – nous voyons le Baron user de son droit de cuissage sur Rosette ; dans la seconde – juste avant la scène finale entre Camille et Perdican, nous voyons le Baron étrangler la jeune paysanne, sans doute pour éviter la mésalliance totale et le déshonneur générés par le mariage annoncé de son fils Perdican avec elle. Musset n’avait certes pas prévu tout cela…qui pourrait bien d’ailleurs faire partie des non dits de l’œuvre. Mais ce qui me semble plus intéressant encore dans cette initiative de mise en scène, par laquelle Gelas me semble renouer avec le théâtre de ses débuts, un théâtre fantasmatique parfois jusqu’au cauchemar, c’est que l’hyperréalisme de ces deux scènes débouche paradoxalement sur une vision presque hallucinatoire d’autres non dits, à rattacher aux désirs incestueux du Baron, non envers la sœur de lait de Camille, mais bel et bien envers sa propre nièce, fantasme inavouable, qui doit normalement se concrétiser pour lui par procuration avec le mariage – lui aussi incestueux - de Camille avec son cousin – et fils du Baron – Perdican. Devant la menace d’échec de ce mariage, le Baron ne peut que détruire l’élément perturbateur et destructeur de l’ordre établi dont il est le représentant, à savoir Rosette… On ne peut que se féliciter de l’homogénéité d’une interprétation aux qualités incontestables. Alice Belaïdi donne à Rosette le visage même de l’innocence bafouée et une pureté qui nous rendent d’autant plus insupportable son funeste destin, Camille Carraz fait preuve d’une belle autorité dans le rôle de Camille, Damien Rémy est un excellent Perdican. Quoique peut-être un peu jeune pour le rôle, Guillaume Lanson est néanmoins un Baron très crédible. Romain Francisco, le jeune paysan qui tient la place du Chœur, est excellent de présence. Enfin, Léa Coulanges (Dame Pluche), Alain Cesco-Resia (Maître Blazius) et Henri Talau (Maître Bridaine) forment un trio très convaincant.

 

Henri LEPINE (Avignon)

 

Tous les jours du 8 au 30 juillet 2006 à 18h30

 On ne badine pas avec l'amour, d'Alfred de Musset

Théâtre du Chêne Noir, Bis, rue Ste Catherine, 84000 Avignon. Jusqu’au 20 novembre 2005. Jeudi 19h, vendredi, samedi 20h, dimanche 16h. Tél. 04 90 82 40 57. Le spectacle sera accueilli au Théâtre Gyptis à Marseille en avril 2006.

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Published by Henri Lépine - dans Festival Off 2006
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commentaires

Luna 26/04/2011 08:24




J'aime beaucoup Alfred de Musset, surtout "On ne badine pas avec l'amour" et "Lorenzaccio"...C'est comme écouter du Mozart : c'est "classique" mais avec la liberté en plus, et j'adore ça !


Je viens d'ailleurs tout juste de publier mon avis sur "On ne badine pas avec l'amour".


 


Joli article, je reviendrais ;)


Bonne continuation !!




Chronique Fraîche