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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 08:31
TÉNÉBREUSE COMEDIE

Grand séducteur, Dom Juan n’obéit qu’à une seule loi : la sienne. Malgré les tentatives de conversion de son valet, Sganarelle et de sa femme humiliée, Done Elvire, il continue de n’être fidèle qu’à lui-même, n’en déplaise aux fiancés trompés, aux familles bafouées et à Dieu… Une interprétation de qualité, du grand spectacle, mais sans surprises.

Dom Juan est un homme pressé. Pressé de faire toujours plus de conquêtes féminines, dames de haut rang ou paysannes naïves ; pressé surtout d’aller au devant de son destin, qu’il soit tragique ou glorieux. Située historiquement entre le Tartuffe et le Misanthrope, cette pièce de Molière subit à l’époque les foudres de la censure, essentiellement pour les parties de dialogues où le héros s’en prend à Dieu comme dans la scène du pauvre où Dom Juan propose à un mendiant de lui donner un Louis d’or s’il consent à blasphémer.

Que reste-t-il de la puissance ironique de cette pièce ? Le libertinage que Dom Juan élève au niveau d’un art n’est même plus à la mode aujourd’hui, il est devenu courant. Son athéisme féroce et combattu par tous renvoie certes à des événements récents, mais c’est surtout le personnage même de Dom Juan et son cynisme contagieux qui impressionnent encore de nos jours. Alors que la pièce aurait pu s’achever avec la mort du héros, châtié par une force surnaturelle, satisfaisant ainsi la morale de l’époque, Molière décide de donner le dernier mot à son valet, Sganarelle, qui, face à la disparition de son maître ne pleure qu’une chose : « Mes gages ! mes gages, mes gages ! ».

Classique de chez classique

Pour sa première mise en scène, Philippe Torreton n’a pas vraiment pris de risque. L’ombre de la Comédie Française plane sur ce Dom Juan : seule l’utilisation de spots aveuglants pour figurer le spectre du commandeur dans l’Acte IV fait exception dans une mise en scène par ailleurs très classique. L’empreinte de Philippe Torreton se ressent surtout dans son interprétation de Dom Juan. Les signes macabres de son destin s’accumulent (pendu, crâne humain, giclées de sang) mais jamais ne font reculer un Dom Juan élevé au rang de héros mythique, un personnage hors normes dont la rhétorique et l’obstination sont les principales armes. L’acteur ne montre aucun signe de complaisance pour son personnage : lâche par nécessité, cabotin parfois, ce Dom Juan n’hésite pas à jouer avec ses victimes, comme lorsqu’il dit à Charlotte qu’il l’aime tout en regardant ironiquement Sganarelle.

Le jeu de Philippe Torreton est consciencieux, celui de Jean-Paul Farré en Sganarelle ne l’est pas moins. Contrepoint comique de Dom Juan, par ses maladresses langagières et sa dévotion bête et méchante, le valet est ici interprété avec une jubilation sans laquelle la pièce aurait pu obtenir le Molière de la comédie la plus sombre. Malgré son excellente interprétation et sa scénographie soignée, le classicisme de ce Dom Juan déçoit quelque peu. Et la prostration de Philippe Torreton en Dom Juan face aux reproches de Done Elvire, de Sganarelle ou de Don Louis n’est-elle pas le constat de la difficulté d’interpréter un personnage si complexe, capable de se faire aimer et haïr, condamner et pardonner dans un même mouvement ?

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Dom Juan, ou le Festin de Pierre de Molière
Mise de scène de Philippe Torreton

Décors d’Alain Chambon
Costumes de Bonnie Colin
Lumières de Bertrand Couderc
Son de Eric Neveu

Avec Philippe Torreton, Jean-Paul Farré, Yann Burlot, Caroline Charléty, Nicolas Chupin, Sophie-Charlotte Husson, Stéphan Jones, Serge Maillat, Florence Muller et Maximilien Muller.

A partir du 12 septembre au théâtre de Marigny
Locations au 0892 222 333.

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Published by Morgan LE MOULLAC - dans À Paris 2007-08
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