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Festival d'Avignon

16 octobre 2007 2 16 /10 /octobre /2007 10:26
FORTES PERTURBATIONS SCÉNIQUES

"Anticlimax" de l'Autrichien Werner Schwab ou l'illustration du fameux "Famille, je vous hais"dans le cadre d'un mini-festival "Premières Fois" au Théâtre "Les Tanneurs". Au final, un "gore" intello (le trash est tendance) ou un théâtre de la cruauté aux ambitions métaphysiques.

Comme  le "Groupe TOC" (revu récemment à Bruxelles après qu'il ait étonné Avignon), voici un autre groupe de "rejetons d'Armel Roussel" qui conjuguent leurs talents sous le "label" Utopia2 avec la Compagnie Mariedl.  La jeune metteure en scène, Selma Alaoui, s'attaque à un gros morceau, une pièce réputée difficile d'un auteur cinquantenaire qui ne l'est pas moins.

anticlimax5-copie-1.jpg
Un peu passé de mode, le "gore", ce sous-genre du polar et du fantastique, trouverait-il ici ses lettres de noblesse ? Il y a aussi de l'expressionnisme allemand dans ces murs tordus genre "Kabinett des Dr Caligari"(Robert Wiene,1919), dans l'outrance des mots et des situations, dans ce malaxage, cette trituration d'un texte macaronique à laquelle se livre avec délectation le sculpteur tous matériaux que fut d'abord Werner Schwab. De la démesure en tout, certes, de bout en bout du spectacle, mais le meilleur est au début avec le décor de Sophie Carlier, et la répétition en boucle, et au sens littéral, de l'expression "se cogner la tête contre les murs" par le personnage central, sorte de bouc émissaire que tous, y compris elle-même, appellent "lapetitemarie". - Pas de "je", pas d'existence ?- La belle et grande question identitaire sous l'enveloppe grossière. Tous les personnages emploient un même langage abscons poético-littéraire qui lu, serait sans doute intéressant à analyser, mais qui récité, reste le plus souvent, et peu ou prou, incompréhensible pour le commun des spectateurs, mortellement décroché de l'action. Quelques éclairs et fulgurances quand Lapetitemarie, que joue Emilie Maquest avec une belle conviction, se lance dans l’une de ses logorrhées mystico-lyriques, autre forme de la dysenterie qui l'afflige en permanence, alors que cependant elle reste toujours accorte et proprette.

Barbares ou pervers ? Où est "l'indécence" aujourd'hui ? Hors de la famille point de salut ! Et si la peur d'être libre, la peur de l'inconnu, rendait méchant ? Et l’on y va de ses petites interrogations personnelles… tout en regardant s'agiter ces êtres bizarres : le père, la mère, leur fille, leur fils, comme jadis on se promenait devant les "baraques à monstres", les phénomènes des foires, avec un peu d'effroi, de commisération et… de distance. Il y a un pater familias theatralis, sorte de brute avinée et incestueuse (Denis Laujol), un petit branleur dégénéré (Baptiste Sornin), une génitrice atteinte de TOC (Florence Minder) et, pour trois autres personnages extérieurs censés incarner l'ordre, la science et la religion, un Yoann Blanc qui se livre à un numéro de transformiste burlesque. Nains ou géants, les monstres exagèrent toujours. L'excessif devenu rapidement insignifiant, on ne s'émeut plus guère de réactions devenues prévisibles ni d'apprendre, aux derniers tableaux grandguignolesques, que cette Lapetitemarie, simplette (et toujours accorte et proprette), a trucidé ses père et mère. Ni que, par respect pour la Laideur qu'elle vénère car "la beauté est mauvaise parce qu'elle est minable", laideur se trouvant être incarnée par son frère, elle a magnanimement épargné ce dernier.

Pas une once d'humour dans ce monde de brutes


On pourra n'y voir que l'histoire d'une famille, sorte de Famille Addams en moins drôle et... bien loin aussi de l'inventivité, russe celle-là, du" Teatr Licedei", la révélation d'Avignon 2005.
On reste à mi-chemin d'options - les "intentions du metteur en scène"- du grotesque, comme du réalisme, et on peut se demander si la scatologie, la violence et l'obscénité dont veut nous régaler Werner Schwab (par la grâce de ses adaptateurs Mike Sens et Michael Bugdahn), son propos provocateur, n'eussent pas été en fin de compte plus percutants avec un traitement, a contrario, léger, cynique et désinvolte, allégeant un texte touffu envahissant. Et l'on aurait peut-être pu se sentir quelque peu concerné, retrouvant ce qui est resté au fond de nous : une part de la bête, une part du monstre, et en ressentir comme un avertissement... Mais, ô symbole, quand tu nous tiens, ô métaphore, quand tu nous achèves ! De cette représentation qui apparaît bien sage face aux intentions meurtrières de l'auteur et à la folie collective qui aurait pu nous emporter, ne reste qu'un petit cauchemar vite oublié.

Suzane VANINA (Bruxelles)

* étudiants formés par ce professeur de l'INSAS/Bruxelles
Photo © Catherine Antoine/Aca/Anderlecht
au Théâtre Les Tanneurs – www.lestanneurs.be – tél : 32+(0)2.213.70.52
 info@utopia2.be – mariedlcompagnie@gmail.com – www.utopia2.be

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Published by Suzane VANINA - dans En Europe 2007-08
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