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Festival d'Avignon

24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 21:58
PASSE TON BLOG D’ABORD !

La blogosphère est un monde virtuel qui regroupe l’ensemble des blogs, autrement dit ces pages Internet créées par des particuliers et qui prennent souvent la forme de journaux intimes. Mais que reste-t-il d’intime à ces blogs ? C’est là une des questions posées par la nouvelle création de la Compagnie d’après et son auteur, Adrien de Blanzy.


Un travesti légèrement vêtu, armé d’un micro et de son ampli apparaît sur scène, tandis qu’une femme exécute au sol des mouvements saccadés. Au fond, un grand écran montre des images pixélisées, si floues qu'elles pourraient être une vue au microscope de cellules organiques. Bienvenue dans la Blogosphère, ce monde étrange, violemment indécent, fascinant aussi, dans lequel on pénètre guidé par le travesti, cette petite voix digitale qui promet du bonheur en blog.

blogo.jpg
Comme un fou dans Hyde Park corner, le travesti gesticule, monte sur son ampli, piédestal de fortune, et harangue la foule d’apprentis bloggeurs figurée par la femme qui danse près de lui. Saccadée, impulsive mais encore timide, cette danse va peu à peu, sous les conseils du travesti, devenir chaotique et de plus en plus suggestive. « Mets-toi à l’aise » exhorte le démon du blog, car pour intéresser sur la toile, il faut savoir choquer, montrer plus que de simples émotions quotidiennes : il faut se mettre totalement à nu. La femme, docile, se change en pin-up de pacotille et exécute des ondulations lascives. Mais cela ne suffit toujours pas : pour aller loin dans le classement des blogs les plus visités, il faut aller loin dans la destruction de soi. Passant de la valse au punk, la femme-blog explore toutes les possibilités et expérimente tous les excès avant d’atteindre le sommet de la "blogeoisie", puis de chuter lamentablement et d’abandonner son blog, comme des milliers d’autres auparavant, errant dans l’Internet comme des coquilles vides, des vaisseaux sans équipage.

Chorégraphie en haut débit

Inutile de préciser que Blogosphère est critique envers cette nouvelle forme de socialisation virtuelle qu’est le blog. Au travers de la voix du travesti, Adrien de Blanzy donne de cet univers l’image d’un peep-show gigantesque au sein duquel des individus en mal d’amour s’exposent. La séduction du blog, personnalisée par le travesti tient du voyeurisme, voire de la perversion, mais aussi de la tromperie car le blog n’est qu’une caricature de la vie : derrière chaque bloggeur, le moi virtuel est souvent bien éloigné du moi réel.
Dématérialisé en blog, le corps de la femme devient une sorte de pâte à modeler mue par la volonté de se créer une communauté d’amis virtuels, quitte à pousser toujours plus loin dans le trash. La chorégraphie joue sur les thèmes de la vitesse (haut débit), de la prolifération, du synthétique et de la perte progressive d’humanité, comme si le blog dévorait peu à peu le bloggeur.

Un regret subsiste, celui que le texte déjà fortement évocateur et critique d’Adrien de Blanzy soit appuyé comme une redondance par l’ironie continuelle du travesti qui invite tout un chacun à découvrir un monde qu’il semble lui-même juger excessif. La symbiose entre le travesti et la femme est néanmoins parfaite grâce aux performances de l’acteur, Guillaume Durieux et surtout de la danseuse, Marie Rual dont la technique irréprochable oscille entre synthétique et sensualité troublante.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Blogosphère
Texte et mise en scène d’Adrien de Blanzy
Dansé par Marie Rual
Interprété par Guillaume Durieux
Scénographie de Adrien de Blanzy et Isabelle Dolivet
Costumes de Emérantine Vignon
Vidéos de Ixtlan et Eric Heinrich
Lumières de Eric Heinrich
Son de Marc Vincent

Le 16 et 17 octobre à l’espace Confluences, Paris 20e
Le 13 novembre à 20h45 au théâtre de Corbeil-Essonnes
20/22 rue Félicien Rops
Réservations au 0810 400 478

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Published by Morgan LE MOULLAC - dans À Paris 2007-08
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commentaires

JD 26/10/2007 15:04

Bonjour,C'est vrai, je n'ai pas vu le spectacle, je réagis seulement sur votre compte rendu qui doit quand même correctement le résumer. Ce que vous en dites ne laisse pas l'impression que le monde virtuel en général et le monde des blogs en particulier sont une chose enviable, ou alors je ne comprends rien à ce que vous écrivez : tout y est négatif ou presque, relisez-vous ! Ce n'est que destruction, pacotille, chute lamentable, vide, tromperie, "caricature de vie", etc. etc. etc. Je ne sais pas vous, moi ça ne m'évoque pas vraiment le paradis...Quant à la "corporation des journalistes", ne le prenez pas mal, sur le coup je n'avais pas du tout songé à vous y inclure ;-) ;-) Cela dit, je ne comprends pas bien où vous voulez en venir : "un magazine Web" n'est pas un journal ? Peut-être voulez-vous dire que ses recettes publicitaires ne suffisent pas à vous payer des piges, comme pourrait le faire un vrai journal, et que Rue du théâtre ne peut que vous servir de tremplin vers un journal sur papier ? Il me semble quand même que Rue du théâtre se revendique pleinement comme un produit journalistique. En tête de la rubrique "Qui sommes-nous" de ce magazine Web, il est écrit : "Juillet 2003 : Naissance de RUEDUTHEATRE, à l'initiative de journalistes professionnels", et sur chaque page le lecteur est invité à "Devenir correspondant et renforcer notre équipe de 30 journalistes présents dans 6 pays européens". Pour moi, le mépris des journalistes vis-à-vis des blogueurs (vous ne le partagez sans doute pas, tant mieux) n'est pas un cliché mais une expérience vécue de blogueur depuis 2 ans et demi, confortée par celle d'autres blogueurs français et étrangers.Je ne peux évidemment m'étendre sur ce sujet ici, mais soyez certain cependant que mon précédent commentaire ne s'en prenait nullement à vous ni à Rue du théâtre, mais bien à la thématique d'une pièce qui me paraît par trop coller à l'air du temps - et cet air stérile m'assomme.

Morgan Le Moullac 26/10/2007 14:10

Bonjour,Votre réaction dénote une attitude sur la défensive étonnante: Depuis quand parler de monde virtuel est-il dévalorisant?Blogosphère est une oeuvre théâtrale. Je ne peux que vous conseiller d'aller voir ce spectacle pour vous faire une idée moins préconçue de ce qui anime l'auteur de Blogosphère.Pour conclure, je ne me sens pas inclus dans la "corporation des journalistes" (et vous parlez de clichés...) et je vous rappelle que Ruedutheatre est un magazine web...

JD 25/10/2007 13:09

Bonjour,Je m'étonne des énormes clichés que certains sujets véhiculent. Non, je ne vois pas en quoi la "blogosphère" est "virtuelle". Elle existe, elle s'appuie sur des câbles, des machines, des écrans, des caméras, des claviers, des doigts, des cerveaux, des coeurs, des corps. Un blog est un journal. Dit-on de son quotidien sur papier qu'il est virtuel ? Non. Pourquoi le dirait-on d'un blog ? Je ne vois pas.Ce que je vois, c'est que la thématique virtuelle est une manière de plus de se lamenter sempiternellement. Parce que, naturellement, l'idée est que le virtuel il ne faut pas en faire, ce n'est pas bien, et que la société irait moins mal (car elle va mal !) s'il n'y en avait pas. Youpi, bienvenue au 21e siècle, ère des cerveaux mous.Les blogueurs des individus (sous-entendu des Monsieur tout le monde anonymes) en mal d'amour, poussant au voyeurisme ? Et qu'est-ce qu'un écrivain ? Qu'un artiste ?Le blog est un moyen d'expression comme un autre (mais qui fait très peur à la corporation des journalistes), il n'y a pas de quoi en faire tout un plat.

Chronique Fraîche