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Festival d'Avignon

27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 11:32
SANS PAPIER, ZÉKI CELUI LÀ ?

Peut-être faudrait-il inventer - pour ceux qui les aiment - une nouvelle étiquette : "théâtre documentaire", "docu-théâtre" pour qualifier non plus du terme galvaudé d'Ovni, ce moment intime que nous partageons et qui s'apparente au théâtre…?

La documentaliste Bénedicte Liénard, bien connue pour sa démarche cinématographique très personnelle, donnant la parole à ceux qui en sont privés et montrant ce qu'on ne veut pas voir, fait une incursion dans le monde du spectacle vivant et, là comme ailleurs, elle reste fidèle à ses engagements : la dénonciation des injustices sociales, la question de l'enfermement, que ce soit celui d'ados, de femmes, de "ressortissants étrangers". Elle a osé, elle a encore osé, sortir des personnes de la brume opaque, avec déjà quelques films, dont  "Têtes aux Murs" (1997) sur les parcours de jeunes délinquants et "Une part du ciel" sur la vie de détenues d'une prison de femmes, qui l'avait fait remarquer au Festival de Cannes 2002 (section "Un certain Regard").

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"Tous les autres s'appellent Zéki"  : paraphrase d'un film (!) et nom d'un des "héros" de ces histoires vraies - Brut de brut et rude de rude !
Proche du "théâtre-action", nous restons "dans le direct", avec l'appoint des techniques de "caméra au poing" chères à la cinéaste, dans l'émotion pure et du plus vrai que vrai. On pourrait penser à "Rwanda 94" ou à "Africare" plus près de nous, d'excellents spectacles par ailleurs, mais ici il n'est pas question de se souvenir, il est question de montrer ce qui se passe, en temps réel. Cela sans pathos (même si il y a des moments de confession poignante) mais sans non plus la sécheresse de simples témoignages.

Ovni par la forme, ovni pour le fond ? Tous les membres de la Cinétroupe (sauf deux comédiennes et la metteure en scène) viennent du "Petit Château", à Bruxelles, un Centre d'Hébergement pour demandeurs d'asile. Ces êtres ne sont pas venus d'une lointaine planète à bord d'un… Ovni, mais sont habitants de la même terre que nous. Ils ont fui une certaine partie de "notre" planète pour de solides raisons. Ce sont des êtres de chair, ils nous racontent leur véritable histoire, yeux dans les yeux. C'étaient des fantômes, des invisibles, ils n'existaient pas, par la faute d'un morceau de papier qu'ils ne possédaient pas. Maintenant Zéki est là, c'est son nom, Zéki  Gürarslan. Ce n'est pas un personnage. Les autres sont Ergün Elelci, Umar Jibirin, Réan Mousazadeh, Dédé Mutombo Kzadi, Mustafa Mohaman, ce sont leurs noms, ceux qu'ils voudraient lire sur le précieux sésame, "les papiers" tant espérés.  Ils sont tous auteurs-acteurs-témoins.  Il y a aussi Félisa Cereceda, comédienne et fille de migrants chiliens et Karine Birgé, une comédienne qui a écrit jour après jour, la chronique d'une grève de la faim de réfugiés kurdes (32 jours) sous le titre "Ta seule arme, c'est ton ventre". Zéki fut l'un de ces grévistes.  D'autres résistent, comme Dédé en devenant le porte-parole du mouvement pour la régularisation des sans-papiers, lui, détenu avec sa femme et son bébé au "Centre Fermé 127bis", ou comme Eurgün en chantant, en kurde, sa souffrance, sa désespérance, d'autres comme Umar et Mustafa, venus en duo parler du Nigeria, pays de la charia… Et Réan (ou Masoumeh) étudiante partie d'Iran pour être libre, elle qui "en demande de régularisation", a dû à présent quitter ce "Petit Château"… un nom à l'amère ironie.

La cinéaste se révèle directrice d'acteurs subtile mais il faut savoir qu'elle avait auparavant (2004) réalisé un film avec eux - "Pour vivre, j'ai laissé" - sur base, "en compagnonnage", d'une grande confiance réciproque et d'une bonne connaissance des uns et des autres. Sa mise en scène ne cherche pas les effets faciles, grandiloquents. C'est avec une belle sobriété qu'elle arrive à faire de ces personnes des acteurs, à leur donner ce qui compte le plus pour eux : une présence. 
Quant à nous, spectateurs, après cette immersion totale dans le "puits de la vérité"… dont elle est sortie et maintenant qu'elle est là, qu'ils sont là devant nous, nous ne pourront plus (les) ignorer, ni oublier un certain article de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme applicable à tout être humain qui "demande l'asile", où qu'il soit…

Suzane VANINA (Bruxelles)

Crédits photos © Ian Menoyot

Infos : La "Cinétroupe" au Théâtre La Balsamine du 9 au 13.10.07 ( 21 h) - tél.+ 32(0)2.735.64.68 –ensuite au Grand Manège de Namur du 16 au 27.10.07 – tél +32(0)81.22.60.26 -  www.balsamine.be


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Published by Suzane VANINA - dans En Europe 2007-08
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