Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 17:26
UN HOMME EN QUÊTE DE SA RAISON

André Baillon a connu la folie. Ses personnages en sont empreints. Il les connaît de l’intérieur. Il les fait vivre comme s’il les étudiait. Avec, en supplément, le talent d’un écrivain qui manie sa langue avec dextérité.

C’est justement un travail très littéraire qui sous-tend ces « Délires ». Tout part des mots et tout revient vers eux. Les dérives du mental prennent appui sur le langage et montrent comment le mécanisme de leur interprétation interfère sur le réel. « J’ai tué les mots. Non, je dis des bêtises. On ne tue pas les mots. Comment on ne tue pas les mots ? Mais non, on ne tue pas les mots ! Alors si je n’ai pas tué les mots c’est qu’ils vivent. Et s’ils vivent, c’est qu’ils sont dans ma tête. » C’est que, pour un écrivain, les vocables ne se soumettent pas à sa volonté. Ce sont eux qui emportent la plume et se mettent à imposer leurs propres dires. Ils contrôlent tout, nomment tout et, dans la mesure où ce qui est nommé prend existence dès qu’il devient possible de le nommer, ils imposent leur déformation même de la réalité.


Le personnage tourne en rond dans sa maison. Il tourne aussi en rond dans son esprit comme le poisson rouge du décor en son bocal. Il va et vient, comme les phrases ressassées vont et viennent au cœur de ses pensées, de sa pensée. Elles suscitent des images, des visions, des hallucinations. Le doute permanent s’installe : est-ce le concret qui se révèle bizarre ou est-ce le bizarre qui s’incarne dans le concret ? Alors le bonhomme repart dans de nouvelles formulations sans cesse en train de prendre le recul de la lucidité et sans cesse se persuadant de l’évidence tangible de ce qui paraît incroyable.

Le langage comme testeur de santé mentale

L’action, ici, consiste à s’avancer dans le discours, à le parcourir, à en suivre les méandres, à divaguer pour aller plus profond en soi. Son point de départ est une phrase entendue, interprétée, déformée, insidieusement présente. Fabrice Rodriguez montre à quel point elle est susceptible de dicter sa conduite à un être fragile, hypersensible malgré la raison qu’il conserve par intermittence.  On songe à Jean-Claude Brisset et à William Burroughs, à certaines pages du « Misérable miracle » d’Henri Michaux.

Le comédien saisit le texte vocalement et corporellement. Il susurre avant d’éclater en cri. Il remâche en sa bouche avant de cracher la parole. Il incarne les sautes d’humeur de la dépression profonde, ses impasses perçues consciemment, ses divagations vécues comme une vérité charnelle dont il est impossible de se libérer. Il rend perceptible cette démarche qui aboutit à devenir son propre bourreau acceptant d’être sa propre victime.

Christian Leblicq, dans cette reprise d’un spectacle réalisé jadis, a trouvé le moyen de faire traduire par son nouvel interprète le désarroi, l’humanité  vulnérable d’un être. Il nous permet d’assister sans sentimentalisme à la vision presque scientifique d’un cas clinique. Il nous met en présence de ce qui peut fondre sur n’importe lequel d’entre nous, un jour où les blessures intérieures se personnifient dans le verbe.
Michel VOITURIER (Bruxelles)


Texte : André Baillon (éd. Labor)
Mise en scène et scénographie : Christian Leblicq
Distribution : Fabrice Rodriguez

Production : Hypothésarts

Le 10 décembre au Botanique (Bruxelles) (02 218.37.32)
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Michel VOITURIER - dans En Europe 2007-08
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche