Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 08:22
FIN DE PARTIE

Après Sivadier, après Engel, encore une version du "Roi Lear" ! En cette saison, y aurait-il une fascination "tendance" pour la royauté ? Ou plutôt s'agit-il d'une œuvre majeure de Shakespeare dont on ne cesse de découvrir les facettes et la multiplicité d'intentions?

Cette version en néerlandais (surtitrée en français), présentée au KVS BOL, par le RO Theater de Rotterdam, est intéressante à plus d'un titre. Elle prend le parti de la "tragédie grotesque" chère au savant exégète Jan Kott* auquel se réfère clairement la metteure en scène Alize Zandwijk dont on a pu apprécier le talent – notamment son travail sur le corps - la saison passée avec "Onschuld"/"Innocence", entre autres.


Ici pas de rôle comme taillé sur mesure pour une grande pointure de la scène et le rôle-titre n'écrase en rien les autres. Au contraire : c'est plutôt le Fou qui prendrait une singulière importance, au fil de l'histoire, par le discours en contrepoint dont il joue en permanence, avec ses sentences, comptines… apparemment absurdes mais qui finit par insinuer insensiblement dans l'esprit du spectateur l'idée que la folie feinte ou réelle serait un révélateur de vraie sagesse…

Koning-Lear--c--Leo-van-Velzen.jpg
Bien que Alize Zandwijk n'escamote en rien le côté "spectaculaire" que recèle la pièce avec surtout les scènes d'orage et d'errances en paysages désolés - belle scénographie de Thomas Rupert et costumes originaux de Sabine Snijders - elle remonte jusqu'aux mythes et légendes ayant nourri Shakespeare lui-même. Le côté "barbare" et cruel est flagrant et cette impudeur décontractée dont font souvent preuve les artistes nordiques, secoue les habits de cour, s'y ajoutant la traduction du Hugo Claus, le phrasé et la musique particulière de la langue, le jeu des acteurs avec un Jack Wouterse, étonnant Lear et un Lukas Smolders en "fou moderne". Le Roi - tout comme son espèce de double, Gloucester (Herman Gilis) - n'est qu'un homme abusé par les apparences et qui va endurer de salutaires épreuves - et ça, ça vous change un homme ! - un homme qui apparaît paradoxalement moderne, un gestionnaire qui pense que "tout est sous contrôle" et n'a pas su réaliser à temps "qu'il avait tout faux": quoi de plus universel et actuel, en effet. Mais pour cela il a fallu faire oublier au spectateur les modes romantique, historique-son-et-lumière, reconstitution "à l'identique" ou, au contraire, les versions "iconoclastes"… et en arriver à une conception actuelle qui rapproche Shakespeare d'un Beckett ou d'un Ionesco.

La monstrueuse Parade

Un être bizarre surgit de sous la fosse d'orchestre, il monte quelques marches d'un escalier dont on découvrira ensuite qu'il est immense, vertigineux - pour le moment, il ne va pas plus loin que le proscenium où le rideau de scène n'est pas levé -. Il sort de ses poches encombrées d'objets incongrus ce qui semble un instrument dont il tire tant bien que mal quelques notes grêles : c'est un Fou de foire, pas un Fou de cour avec costume bariolé et grelots. Par groupes, on verra ensuite les personnages former sur le devant de la scène, face public, une succession de tableaux grotesques, qui font irrésistiblement penser aux  parades des baraques foraines. Ils sont outrageusement maquillés, coiffés, perruqués, vêtus de manière excentrique : ce sont bien des pitres, des fantoches, des phénomènes de foire.

Chaque personnage est solidement campé, que ce soit Goneril/Fania Sorel, Regan/Esther Scneldwacht ou une Cordelia pas éthérée, An Kackselsmans, que ce soit Edgar/Ruud Gielens et Edmund/Rogier Philipoom, jouant sur une intéressante ressemblance, et les perfides à souhait Albany/Dennis de Getrouwe et Cornwall/Marc De Corte. Quant à l'idée du roi d'organiser une sorte de joute, de test d'affection, et le choix qui s'ensuivra, tout cela apparaît peu sérieux, comme un jeu télévisé.

"Come on be true"

Plus tard, quand les choses deviendront plus vraies pour Lear, quand le roi sera nu et qu'il le saura, quand se produira l'escalade dans le malheur, alors tout sera différent et le rideau se sera ouvert sur un plateau offrant de plus vastes perspectives… Au début, il y avait une cour, un royaume, ensuite "plus dure sera la chute" qui viendra pour Lear dans une dégradation progressive, pour Edgar dans la souffrance du bannissement, pour Kent ( excellent Bart Slegers) et Gloucester dans les tortures physiques et mentales. Quatre malheureux et combien de morts… il n'y aura pas de couronnement pour les survivants et pas de "happy end" pour cette pièce.

Cependant, même si l'on a vu "des morceaux de nature en ruine", on ne garde pas du spectacle un sentiment négatif, on reçoit plutôt comme une invitation à passer, nous aussi, au-delà du "théâtral", des artifices, et, pourquoi pas, à méditer sur notre condition humaine…

Suzane VANINA (Bruxelles)

Jan Kott : Shakespeare, notre contemporain/René Julliard, 1962
 
Crédits Photos : Leo Van Velzen

Au KVS BOL du 20.10 au 7.11.2007, ensuite au Rotterdamse Schouwburg de Rotterdam/Pays-Bas du 7 au 18.11.2007 – www.kvs.be -  www.rotheater.nl
  

Partager cet article

Repost 0
Published by Suzane VANINA - dans En Europe 2007-08
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche