IL FAUT SAUVER ASTYANAX
On connaît l’histoire : Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime… son fils et à travers lui le souvenir du défunt Hector. Fils et fille de… veuve de… : les personnages
se définissent par rapport aux absents, héros de la guerre de Troie. Dans leurs oscillations, entre les moments de furie et de calme avant la tempête, l’extrémité des sentiments humains vue par
Declan en devient presque comique.
La mise en scène de cette « Andromaque » revendique simplicité et essence pure : la scénographie plutôt minimale est résumée à quelques chaises. Elle n’en demeure pas moins belle puisqu’un jeu de
lumière très fin accompagne les comédiens. Tous les personnages restent présents sur le plateau et leur travail interne reflète des présences et des images fortes. Cette mise en scène peut
déranger ou conquérir, mais elle ne laisse personne indifférent.
Declan a choisi de travailler sur le mouvement circulaire comme rappel de la piste de cirque. Les personnages en jeu se cherchent, se battent, s’embrassent et s’enlacent, souvent avec de
l’humour. Porté par le magnétisme des Bouffes du Nord les comédiens de Declan Donnellan engendrent un monument de la littérature classique. Leur liberté de jeu personnalise leur interprétation.
Leurs corps dessinent les émotions, leurs voix incisent les silences. Dans cette mise en scène concise à l’essence même du jeu, toute chose est parfaitement dessinée. Declan mène ici un réel
travail de profondeur qui donne sens à l’œuvre. Détaché de toute convention classique et de tout poncif, Andromaque nous parle de nos rapports contemporains et universels : l’amour impossible, la
mémoire, les bourreaux et les victimes…
Enfin il a choisi d’ajouter un personnage présent dans le discours mais absent de la pièce de Racine : Astyanax, le fils d’Andromaque. Il doit mourir, c’est ce que demandent les Grecs. Et
Pyrrhus, contre sa grâce, demande à Andromaque de l’aimer et l’épouser. Declan Donnellan ajoute à la pièce une relation nouvelle, celle de Pyrrhus et de l'enfant, faite d’élans et de tendresse
toute paternelle. Mais le vrai père est Hector, lui aussi omniprésent bien que mort, parfois ressuscité par la voix de son fils. Peut-être même peut-on le voir incarné par la poupée avec laquelle
Atyanax joue au début, au centre de la scène. Positionnement qui donne à voir toute la place des absents dans le ressort de la pièce.
Laure DUBOIS / Alexandra FRESSE (Paris)
Andromaque de Jean Racine
Mise en scène : Declan Donnellan
Avec : Xavier Boiffier, Camille Cayol, Romain Cottard, Christophe Grégoire, Camille Japy, Anne Rotger, Vincent de Bouard, Dominique Charpentier, Sylvain Levitte
Scénographie et costumes : Nick Ormerod
Lumière : Judith Greenwood
Chorégraphie : Jane Gibson
Assistant à la mise en scène : Michelangelo Marchese
Au théâtre des Bouffes du Nord jusqu'au 8 décembre
du mardi au samedi à 20h30, matinées les samedis à 15h30
Réservations : 01 46 07 34 50
Photo © Pidz
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