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Festival d'Avignon

4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 22:26
LES MIRAGES DU MIRAGE

Il n’est jamais facile d’innover avec une des œuvres de Shakespeare les plus représentées sur toutes les scènes du monde. Le collectif de la Manicle, en jouant sur la pluralité des genres et des techniques, s’est efforcé de servir au mieux la magie et la force du texte.


Les tenants de la tradition en avaient fait une règle aussi absolue que l’incompatibilité entre les corps gras et l’eau : le spectacle vivant n’avait pas à s’acoquiner avec l’audiovisuel. On veut bien concéder à ces intransigeants contempteurs des nouvelles technologies que nombre de tentatives ne furent guère enthousiasmantes. Il faut pourtant revenir sur une sorte de pétition de principe qui, elle aussi, a fait son temps. C’est à quoi je pensais en regardant la pièce de Shakespeare, revisitée par la mise en scène et aussi la mise en vidéo de la dernière création du théâtre de la Manicle.

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Ici, loin de se contrarier, l’écran et le plateau se complètent parfaitement, se livrent même à une sorte de dialogue espiègle où chacun se renvoie la balle dans une joute verbale et visuelle qui ravit les yeux et les oreilles. Disons-le, l’effet confère à l’œuvre de Shakespeare une allure plutôt guillerette et traite, avec un soupçon d’ironie, les multiples rebondissements d’une fable capricante. Le fantastique ne perd rien non plus à cette scénographie éclatée où l’on voit se multiplier, sur des surfaces mobiles, les protagonistes de cette féerie élisabéthaine. Une sidérante ubiquité, à faire pâlir de jalousie tous les elfes de la création et Ariel lui-même. Ainsi, le film de l’aventure semble se moquer de ses propres reflets, sautille, s’inverse, se contrefait, se brouille même, comme pour nous montrer que rien n’est simple non plus au pays des images, nos nouveaux mirages.

La métaphore du sablier

Osera-t-on ce mauvais jeu de mots, la tempête a mis sur le sable les héros de la pièce ? Et c’est ce sable qui est omniprésent dans le décor conçu par Marcel Violette et réalisé par l’Atelier de construction du Volcan. Sable d’abord, avec cet immense sablier placé au sommet d’une grande roue qui tourne comme s’écoule le temps. Sable encore, qui semble la métonymie d’un rivage moins inhospitalier qu’il n’y paraît. Sable enfin, qui trace sur la scène l’espace des sortilèges et délimite la frontière entre le rêve et réalité.

Dans cet univers incertain, Georges Vérin, le metteur en scène a choisi d’occuper ses comédiens dans un labeur digne de Sisyphe, la nécessité de remplir constamment ce sablier qui se vide inexorablement. Des comédiens qui ont aussi relevé crânement ce difficile défi : confronter leur présence toujours fragile, éphémère, aléatoire, aux figures définitives de leurs rivaux, parfois de leurs doubles, comme la caméra les a fixées. Passés les premiers moments où les êtres de chair doivent s’affirmer, sinon s’imposer, vite, tout se met en place dans cet amusant face à face dont nous parlions. Quant à Georges Vérin, il régla avec le talent d’un maître de ballet la scansion de toutes ces séquences formellement très variées. Un mot enfin de la traduction et de l’adaptation de Jean-François Toulorge, malicieuse elle aussi, écrite dans une langue actuelle, sans jouer cependant de faciles anachronismes et en respectant l’esprit de ce spectacle inventif et ludique.

Yoland SIMON (Le Havre)

Mise en scène : Georges Vérin
Collaboration mise en scène : Par Uttley
Traduction et adaptation : Jean-François Toulorge
Scénographie : Marcel Violette
Vidéo : Jérôme Le Goff
Costumes : Marie Gabrielle Kerboeuf
Création musicale : Emmanuel Ricard
Construction des décors : Atelier de construction du Volcan
Lumières : Léonard Coëffic

Maquillage : Kakou Cavalier
Avec Hervé Furic, Abigail Green, Jean-Pierre Guiner, Yedwart Ingey, Emmanuel Ingweiller, Marie-Gabrielle Kerboeuf, Michel Lacaille, Vincent Lebodo, Bruno Lecoq, Jérôme Le Goff, Yann Lheureux, Emmanuel Ricard.
Avec l’aide du Volcan.

Création au Théâtre de l’Hôtel de ville du Havre les vendredi 16 et samedi 17 novembre 2007. Puis en tournée.

Photo © DC
  

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Published by Yoland SIMON - dans En Région 2007-08
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