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Festival d'Avignon

5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 23:03
UNE INQUIÉTANTE ÉTRANGETÉ

Le théâtre nous donne parfois à voir – et à vivre – d'étranges expériences. D'autant plus étranges en vérité qu'au-delà d'une volonté manifeste de dépaysement, elles nous renvoient très vite à une réalité quotidienne décidément très – trop ! - ressemblante...


C'est le cas avec ce spectacle auquel le spectateur, enfermé dans son isolement individuel, est d'abord appelé à participer personnellement tout au long des quinze à vingt premières minutes...

babylon.JPG
Dans le hall d'entrée du Théâtre des Halles, le passage à la caisse se double d'une séance inattendue de flicage en règle avec lecture au scanner des deux mains, droite et gauche, et attribution d'un bracelet codé avec prénom fantaisiste et numéro matricule. Vous êtes ensuite dirigé vers un bureau où un préposé vous pose une ou deux questions et vous fait lire des lettres sur un panneau... Puis, vous arrivez dans une salle d'attente qui évoque un hall d'embarquement d'aéroport. Un individu vous propose alors un chamallow ou de l'eau... Sur des écrans de télévision, un speaker vous souhaite, en messages récurrents, « la bienvenue dans un monde meilleur »...L'attente s'achève bientôt avec l'arrivée d'une chanteuse qui entonne « la vie en rose ». Elle chante de plus en plus difficilement car l'individu de tout à l'heure lui introduit dans la bouche des chamallows... L'ambiance quelque peu sinistre rappelle celle de certaines scènes du « Procès » de Kafka revu par Orson Welles ou encore le climat délétère des cabarets en Allemagne sous le IIIème Reich...

Remarquable de modernité


Dans une salle voisine, celle du théâtre proprement dit, débute alors le spectacle lui-même. Des personnages, fébrilement, se croisent de plus en plus vite sans se rencontrer. Ils évoluent au milieu de nombreux cubes qu'ils déplacent puis assemblent comme les éléments d'un grand puzzle générateur d'images fortement évocatrices. Un homme pousse devant lui un caddy vide en regardant les spectateurs des premiers rangs comme les produits d'un rayon de supermarché. Un personnage semble s'enliser dans l'un de ces cubes et une jeune femme en porte un autre sur ses épaules tel un sac à dos sur lequel sont dessinées des ailes d'ange. Impossible de s'envoler avec ce poids sur le dos... Ces cubes ne seraient-t-ils pas une métaphore du « pratico inerte » sartrien ?... Une pasionaria se livre à un discours révolutionnaire nous invitant à refuser de nous faire « encuber ». Un pseudo-conférencier vient faire un exposé sur l'hypothétique calcul de « la surface de Dieu » qu'essaient de suivre laborieusement trois personnages inscrivant sur des cubes les formules mathématiques les plus farfelues, lesquelles aussitôt s'effacent d'elles-mêmes... Enfin, on revient à « la vie en rose », comme le leitmotiv de ce spectacle, plus ou moins en forme de pataquès, mais en surface seulement... Au-delà et en filigrane se dessine peut-être une évocation surréelle d'un monde que nous connaissons trop bien car ce monde, c'est le nôtre ! Un monde que d'aucuns voudraient nous faire accroire qu'il est le seul et le meilleur possible...

Avec ce spectacle, remarquable de modernité, résultat d'un projet itinérant et évolutif, la Cie de l'Imprimerie a effectué un travail exemplaire sur le mythe de Babel à l'heure d'une construction européenne encore hésitante dans sa démarche limitative à la seule notion de marché. A la réflexion, il y a peut-être bien dans cette expérience théâtrale unique une manière, pour le théâtre vivant d'un nouveau siècle, de recherche de ses propres formes à venir...

Henri LÉPINE (Avignon)

Babyl-on tour # 2
Théâtre des Halles, rue du Roi René, 84000 Avignon.
Les 23, 24 et 25 novembre 2007.
Cie de l'Imprimerie.

Photo © DR

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Published by Henri LÉPINE - dans En Région 2007-08
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