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Festival d'Avignon

6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 00:20
UNE ENVOUTANTE « MARQUISE »

La Marquise d’O est enceinte, mais qui est le père ? Une nouvelle d’Heinrich Von Kleist adaptée au théâtre bien après sa transposition au cinéma par Eric Rohmer. Une très belle pièce au rythme et à l’ambiance envoûtants, portée par des acteurs inspirés.


Monsieur et Madame de G sont assis sur le bord de la scène. Derrière eux, un grand carrelage en damier noir et blanc sur lequel sont posées deux chaises rouges. Au fond, un grand écran opaque laisse échapper en son cœur des ombres tordues et inquiétantes. Ce sont des arbres aux formes noueuses qui ne dépareraient pas dans un film expressionniste. Au dessous, l’ombre d’un homme passe avec la dignité d’un guerrier. L’on apprend alors que cet homme est le Comte F et que cette dignité est celle de l’homme qui pense mourir au combat.

marquise---Bellamy.JPG
Le flot narratif d’Heinrich Von Kleist est impressionnant de densité et de maîtrise. En quelques instants, quelques paragraphes, le contexte est posé : un domaine en Italie est attaqué par des troupes étrangères ; F, le Comte Russe et ses hommes défendent vaillamment la propriété et ses habitants ; au moment où la Marquise d’O, fille de Monsieur et Madame de G, va être violée par les soldats ennemis, le Comte F lui apparaît comme un ange et vient la sauver alors qu’elle tombe, inconsciente. Le Comte poursuit les assaillants et les boute hors du domaine jusqu’à une clairière où il tombe, touché mortellement, croit-on.

Dans son style de chroniqueur froid et objectif, l’auteur allemand Heinrich Von Kleist poursuit alors l’histoire de cette Marquise, veuve séduisante mais aussi femme de haute vertu, qui comprend un jour qu’elle est enceinte. Le problème est qu’elle soutient avec rage et dignité qu’elle n’a jamais eu de comportement frivole. Chassée de la maison par un père lunatique et une mère aimante mais soupçonneuse, la belle Marquise fait parvenir à la presse un message expliquant qu’elle est « sans savoir comment, dans l’attente d’un heureux événement, et que le père de l’enfant qu’elle [va] mettre au monde [doit] se faire connaître, et que, pour des considérations d’ordre familial, elle [est] décidée à l’épouser ».

Tempéraments excessifs, neutralité de ton

La nouvelle d’Henrich Von Kleist marque tout d’abord pour la façon qu’il a de décrire dans une langue minutieuse, riche et distanciée une histoire dans laquelle les personnages sont des tempéraments excessifs, comme si la neutralité de ton de la langue devait être proportionnelle à la démesure du comportement des protagonistes.

Il y a ensuite ce sentiment qui imprègne la nouvelle dès son commencement, ce sentiment de l’étrange provoqué par un événement dont la résolution hésite entre une explication naturelle ou surnaturelle. Comme Edgar Allan Poe plus tard, Kleist multiplie les pistes sans en fermer aucune jusqu’au final, attendu et préparé depuis les premières lignes.

Metteur en scène talentueux, Lukas Hemleb donne une Marquise d’O fidèle à l’original. La froideur de la mise en scène, renforcée par la scénographie aux allures gothiques, fait écho au texte sans le parodier. Roides au début, les personnages vont peu à peu quitter leur gestuelle mécanique des familles de haute lignée pour donner libre cours à leurs âmes tourmentées. Cécile Garcia-Fogel incarne une magnifique Marquise d’O hantée par l’ignorance de ce qui l’habite et en même temps révoltée du peu de foi que l’on fait de sa vertu. Francine Bergé et Simon Eine forment un couple crédible : déchirés par le doute, écartelés entre l’amour qu’ils portent à leur fille et la peur de ne pas respecter les conventions sociales. Brontis Jodorowsky campe de son côté un Comte F rongé d’amour, guidé par une nécessité vitale étrange qui semble lui faire défier la mort et l’infortune.

La Marquise d’O est une réussite esthétique étonnante, un rêve éthéré porté par de très bons comédiens, une musique envoûtante (la sonate opus 111 de Beethoven) et une mise en scène qui n’hésite pas à faire mentir le texte pour ajouter au trouble du spectateur. Ce dernier se laisse irrémédiablement porter par l’atmosphère de la pièce, et par l’impression étrange que tout est déjà joué, dès le commencement.

Morgan LE MOULLAC (Paris)


La Marquise d’O d’Heinrich Von Kleist
Traduction française de Dominique Laure Miermont
Adaptation et mise en scène de Lukas Hemleb
Scénographie de Lucio Fanti
Lumière de Lukas Hemleb
Costumes de Sylvette Dequest
Maquillage et coiffures de Cathy Dupont
Avec : Cécile Garcia-Fogel, Francine Bergé, Simon Eine, Brontis Jodorowsky, Lucas Anglarès
Piano : Stephanos Thomopoulos

Du 21 novembre au 16 décembre au théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis
59, boulevard Jules Guesdes, 93207 Saint-Denis
tel : 01 48 13 70 10
Photo : © Bellamy

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Published by Morgan LE MOULLAC - dans À Paris 2007-08
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