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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 14:40
TRISTE TRIO DANS UN TRIPTYQUE…

Voici le deuxième volet très attendu que le metteur en scène Guy Cassiers, figure bien connue de la scène néerlandophone, a entrepris de consacrer aux aspects (dérives ?) que peut prendre le Pouvoir et qu'il présente au "Kaaitheater".


"Wolfkers" fait suite à "Mefisto for ever",  très remarqué à Avignon, qui mettait l'artiste face aux tentations et séductions du Pouvoir, de ses possibles compromissions avec pouvoir ou politique. Il devrait précéder "Atropa" qui bouclera la boucle par une confrontation entre puissants et opprimés et sonnera l'agonie du Pouvoir. Après Rotterdam et les Pays-Bas, Guy Cassiers est revenu, en 2006, à "la Toneelhuis" d'Anvers, la plus grande structure culturelle de Flandre, où il entend également favoriser les contacts et échanges avec d'autres créateurs. Lui-même présente ses créations au "Théâtre Bourla". Il n'a pas oublié qu'il travailla jadis pour le "Kaaitheater"de Bruxelles.

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"Plus dure sera la chute" après le vertige des sommets !

"Wolfkers", du nom en néerlandais de l'atropa belladonna, une plante de l'espèce dangereuse, à employer avec précaution et dont on sait que la substance active, l'atropine, a la particularité de dilater la pupille, s'applique à l'homme avide de grandeur au point d'arriver à incarner, seul, le Pouvoir… Cassiers veut observer d'en bas ce qui se passe là-haut, l'effet du pouvoir sur trois individus emblématiques, "simples" humains devenus des mythes (ou malades qui nous gouvernent*?)… avec l'intention sous-jacente de susciter une réflexion sur la situation politique présente. Cassiers n'abandonne pas l'idée (utopique?) que "l'art puisse changer le monde", particulièrement par le théâtre qu'il voit comme une expérience communautaire importante… Le projet s'inspire de trois scénarii du cinéaste russe Aleksandr Sokourov qui relatent chacun un moment crucial dans la vie de Lénine, d’Hitler et de Hirohito, dans leurs destins croisés, le moment où ils sont à la fois au sommet et en déclin par paralysie, inconscience ou léthargie.
 
Vénéneux crépuscule des dieux

Pour l'écriture, assez littéraire, d'après le texte initial de Yuri Arabov, Cassiers s'est adjoint les auteurs Erwin Jans, Jeroen Olyslaegers surtout, ainsi que Tom Lanoye (spectacle sur-titré en français). Il assure une mise en scène résolument moderne et inventive qui utilise habilement les moyens techniques les plus sophistiqués. Les failles dans les cerveaux humains deviennent de réels courts-circuits électriques… exemple de ce que lumière et son participent aux émotions bien plus qu'ils ne sont de simples supports. L'homme de théâtre n'a pas oublié le plasticien qu'il fut au départ. Pour porter à la scène cette trilogie, il fait le choix d'un triptyque scénique avec actions simultanées. Strictement séparés, les lieux "d'habitat historique" - Moscou, Obersalzberg, Tokyo - du début de la pièce, en arrivent progressivement à se mêler, jusqu'au chaos final, où tout est devenu indistinct. L'empoisonnement réel ou imagé, la dégradation sont les mêmes pour chacun des trois, les excellents Vic De Wachter (Lénine), Jo Verbist (Hitler), Johan Leysen (Hirohito), et contaminent également leur entourage.

Les acteurs ne sont pas des copies conformes de ces grands personnages mais, finement, ils ont cherché à évoquer ce qu'ils symbolisent, en plus de la notion de "vouloir être à soi seul tout un peuple ou une idéologie" : pédagogue déçu, artiste frustré, dieu désacralisé…Contrastant avec le statisme des "grands hommes" est l'agitation de leur entourage, du reste interprété par les mêmes acteurs : Gilda De Bal, Veerle Eyckermans, Stefan Perceval, Michael Vergauwen, Dries Vanhegen, comme pour marquer l'interchangeabilité des"suiveurs", courtisans, intrigants, manipulateurs, de ceux qui tireront les marrons du feu… Le rôle ingrat des femmes - sœur, mère, femelle - dans l'ombre, le plus souvent soumises, est montré de la même façon, avec dans leur chef davantage de dignité tout de même. Seuls des personnages comme Staline, Speer ou MacArthur apparaissent terriblement "vivants" et typés, sans complaisance.

Par ces destins entrecroisés, par cette violence et cette folie individuelles et collectives, Guy Cassiers atteint son but : nous donner une idée des poisons qui nous tourmentent…

Suzane VANINA (Bruxelles)

* best-seller de Pierre Accoce / Dr Pierre Tentchnick / 1976, très souvent mis à jour et réédité depuis…

Wolfkers
Mise en scène : Guy Cassiers – Assistante : Lutje Lievens
Musique : Dominique Pauwels – Interprétation : Rik Vercruysse, Gerny Constantin,
Scénographie : Peter Missoten/De Filmfabriek
Concept, graphisme, vidéos : Enrico Bagnoli, Diederik De Cock, Arjen Klerkx, , Ief Spincemaille
Costumes : Tim Van Steenbergen
Technique : Eric Dekort, Frank Hardy, Diedrik Hoppenbrouwers, Ivan Renette, Guy Peeters, Frank Vandezande, Luc Schaltin
Interprétation : Gilda De Bal, Vic De Wachter, Veerle Eyckermans, Johan Leysen, Stefan Perceval, Dries Vanhegen, Jo Verbist, Michaël Vergauwen

Coproduction : LOD/Toneelhuis, en accueil au Kaaitheater/Bruxelles (après la création au "Bourla"/Anvers) les 7 et 8.12.2007, importante tournée ensuite en Flandre et aux Pays-Bas.
 www.toneelhuis.be -  www.kaaitheater.be –

Photo © Koen Broos

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Published by Suzane VANINA - dans En Europe 2007-08
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