UN FEYDEAU FÉMINISTE FACON CARTOON
Premier événement de ce troisième Fest'hiver, c'était, au Théâtre du Balcon, ce classique du vaudeville : Mais n'te promène donc pas toute nue ! de Georges Feydeau, création de
l'UppercuThéâtre qui nous avait donné l'an dernier une adaptation très intéressante du Caligula d'Albert Camus.
Changement complet de registre avec ce classique de Feydeau, ici épuré et allégé de tout son désormais inutile décorum propre au théâtre bourgeois fin 19ème/début 20ème siècle pour
aboutir à une farce moderne et colorée qui, par moments, bouleversant les codes rigides de la trop traditionnelle, voire poussiéreuse, comédie de boulevard, grâce à ses dialogues d'une
savoureuse incongruité, ses situations ahurissantes, bascule délibérément dans l'esprit délirant et surréaliste du cartoon, façon Tex Avery.
Chez lui, le député Ventroux passe le plus clair de son temps à enjoindre à son épouse Clarisse de se vêtir décemment. Celle-ci, en effet, a la fâcheuse habitude de s'exhiber en
chemise à longueur de journée sous le regard du domestique et des éventuels visiteurs.
Des ruptures de ton fréquentes et bienvenues
La visite d'un ex-rival politique de Ventroux, M. Hochepaix, puis d'un reporter du Figaro, vient pimenter encore davantage les relations conjugales de Ventroux. Clarisse
Ventroux (Valérie Feasson, excellente de drôlerie !) apparaît ici, dans son comportement, comme une incarnation de la parfaite ingénue, quoique fine mouche, naturellement
anarchiste et féministe, spontanément manipulatrice de son époux comme des autres hommes d'ailleurs.
Olivier Ranger – dont le jeu savoureux, volontairement excessif, fait souvent penser à Louis de Funès - confère à Ventroux ce caractère pète-sec du bourgeois nanti, abusivement
doté des pouvoirs – politique et conjugal - trop sûr de lui, mais non sans faiblesses aussi.
Fabien Baïardi est savoureux dans son Hochepaix, hypocrite et intéressé, veule et faussement douceâtre.
Enfin, Laurent Ziveri (qui a signé aussi la mise en scène), dans les deux personnages de Victor, le domestique, et de Romain de Jaival, le reporter, introduit la nécessaire
dimension spéculaire et le regard du clown, à la fois témoin et acteur, dans ce spectacle.
On apprécie hautement aussi les fréquentes ruptures de ton qui introduisent fort opportunément la musique, le mime, voire la danse, au milieu d'éléments scéniques simples et de décors aux
couleurs pastels de Thierry Costanza et Jean-Paul Sanchez et les costumes de Colette Galay. Dans le genre, une belle réussite donc...
Henri LÉPINE (Avignon)
Fest'hiver 2008 (Avignon) – Festival des Scènes d'Avignon et Cies,
Théâtre du Balcon, 12 janvier 2008 (21h) et 13 janvier (16h). Cie UppercuThéâtre/Carqueiranne : « Mais n'te promène donc pas toute nue ! » de Georges Feydeau.
Avec Valérie Feasson, Olivier Ranger, Fabien Baïardi, Laurent Ziveri.
Metteur en scène : Laurent Ziveri. Décor : Thierry Costanza et Jean-Paul Sanchez. Costumes : Colette Galay. Chargée de production : Maud Jacquier. Production : Ville de
Carqueiranne – Conseil Général du Var.
Parole de lecteur