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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 17:50
DOMINANT- DOMINÉ

Mettre en scène August Strindberg, c’est faire face aux démons de cet auteur. Voir une pièce d’August Strindberg, c’est affronter une part de soi. Par un propos acerbe et sans demi-mesure, le dramaturge joue sur les divergences des caractères et les pousse jusque dans leurs retranchements, pour mettre en valeur l’angoissante duplicité de l’être humain.


Mademoiselle Julie, pièce écrite en 1888, témoigne d’une forme théâtrale alors qualifiée de naturaliste. Strindberg, pour ses premiers écrits, puise en effet dans le réel, plonge au cœur du quotidien pour nourrir son oeuvre dramatique. Mademoiselle Julie, fille de comte, joue au jeu dangereux de la séduction avec son domestique, Jean, et commet l’irréparable. Tous deux s’oublient, le temps d’une nuit, dans les bras l’un de l’autre, oubliant avec eux Kristin, la fiancée de Jean, ainsi que le carcan des conventions et de la bienséance.

Mlle-Julie.jpg
Situation étrangement familière quand on sait que la mère de Strindberg était initialement la servante de son père. Source d’inspiration ou non, il n’en reste pas moins que l’écrivain dissèque les comportements de ce trio, en révèle les travers et les contradictions en faisant se confronter la passion, l’honneur et la morale. Pas de héros ici malgré un titre éponyme, mais trois figures qui pourraient être divers aspects de notre propre Moi, qui nous font être tout à tour bourreau ou victime.

Un « rubicube » insoluble

Jacques Vincey a choisi de placer ses comédiens en suspension dans un cube, en ôtant chaque façade, laissant ainsi de possibles issues aux personnages, renvoyant le spectateur à son rôle de voyeur. Les quelques rares moments d’actions se déroulant hors de ce cube aérien sont pour un temps teintés d’une innocence festive, mais très vite les murs se referment sur ce « drôle » de jeu. Seule Kristin, guidée par sa foi, saura en sortir à temps ; mais Julie et Jean se retrouvent inexorablement enfermés dans cette boîte, y déplaçant en vain les cubes, à la recherche d’un nouveau décor, d’une situation qui les libérera.

Le metteur en scène va jusqu’à placer une trappe au centre de ce « rubicube », fausse sortie, porte du péché et de la mort : Julie et Jean descendent dans ces bas-fonds pour y commettre la faute irrévocable, tandis que Mademoiselle s’y glisse à nouveau, dans un adieu final, lors des derniers instants de la pièce. La métaphore est parlante et le dispositif vient soutenir et illustrer le chaos interne des personnages, le jeu de dominant-dominé auquel on assiste avec violence. L’un après l’autre, fille du comte et domestique croient maîtriser la situation, trouver l’échappatoire salvatrice avant de retomber dans l’incertitude, l’angoisse, parfois presque la folie.

Une belle prestation de comédiens, aussi à l’aise dans les simagrées enfantines que dans la cruauté et la perversité ; une orchestration scénique singulière qui donne corps à ce troublant jeu de séduction et de pouvoir, à ce cri de haine et de détresse, au texte d’un auteur qui parle avec ses tripes.

Anne CARRON (Lyon)

Mademoiselle Julie d’August Strindberg
Mise en scène de Jacques Vincey
Traduction de Terje Sinding

Avec Cécile Camp, Mélanie Couillaud, Vincent Winterhalter
Les 15 et 16 janvier 2008 au Théâtre de la Renaissance, 7 rue Orsel 69600 Oullins
Tél : 04 72 39 74 91 / Mail : theatre.renaissance@theatrelarenaissance.com
Spectacle présenté en partenariat avec le Toboggan de Décines où la pièce se joue les 18 et 19 janvier 2008.

Photo © DR

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Published by Anne CARRON - dans En Région 2007-08
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