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Festival d'Avignon

27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 11:14
LEçON DE THÉÂTRE

Faisant ses adieux au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis avant de passer la main à un jeune metteur en scène, Alain Ollivier −qui avait lui-même succédé à Stanislas Nordey en 2002− choisit de monter une des plus grandes pièces du répertoire.


Avec Le Cid, texte qui raconte le dévouement des fils pour les pères et l'obéissance des jeunes à l'autorité, le directeur du TGP se plie aux exigences d’un certain académisme et nous invite à un retour aux origines.

De l’Art et de la Beauté

Un long parquet de bois brut, une palissade de lambris patiné, c’est ce décor nu qu’Alain Ollivier et son scénographe Daniel Jeanneteau ont imaginé pour nous faire entendre la langue de Corneille. Les lumières de Marie-Christine Soma habillent ce plateau dépouillé et, tout en l’enveloppant dans un doux clair obscur, le transforment en un écrin où vont se dire les passions humaines et s’exalter les valeurs d’honneur, de grandeur et de respect filial.
Tels un avertissement, les trois coups sont frappés sur ces planches, avant que n’entrent en scène les comédiens somptueusement vêtus des costumes Louis XIII reconstitués par Florence Sadaune. Tout au long du spectacle, les déplacements seront limités à des traversées latérales du plateau. Les rencontres ont lieu au centre et les scènes font penser à des tableaux, rappelant Velasquez et la grande peinture du siècle d’or espagnol.
Nous sommes devant le Beau que nous connaissons, celui que nous a enseigné l’école et qui force le respect.


Quelques étincelles…

Bruno Sermone campe un Don Diègue terrassé par la vieillesse mais encore auréolé de sa gloire et de sa force passées. Bouleversant de justesse, il incarne un père à la fois autoritaire et bienveillant, poussant son fils à emprunter le chemin qui fut le sien. Thibaut Corrion est un Rodrigue plein de fougue et de jeunesse, un fils pétri des valeurs paternelles, qui cherche sa propre voie. Les échanges entre le père et le fils, portés par ces deux comédiens magnifiques nous éblouissent, tout comme les deux scènes d’amour entre Rodrigue et Chimène. Moins convaincante, celle-ci nous touche néanmoins par la jeunesse que lui donne Claire Sermone.
Dans ces instants-là, l’émotion semble surgir des mots, des vers et la langue somptueuse de Corneille prend alors tout son sens. Derrière l’image, ou au-delà de l’image, une petite étincelle jaillit. Le théâtre enfin devient partage, le texte s’incarne, la scène et le public se rencontrent…


Une invitation à revoir nos classiques

Dans les interviews qu’il donne, Alain Ollivier précise que Le Cid, pièce écrite en 1636, fait suite au long combat ayant imposé le français comme langue officielle. Cela se passe, après l’ordonnance de Villers-Cotterêts et l’émergence des poètes de La Pléiade, qui ont définitivement fait sortir les arts littéraires de la pratique du latin. Le Cid arrive donc à ce moment éclatant de la constitution de notre langue, qui est aussi le moment où le théâtre devient le lieu de l’expression théâtrale la plus avancée. Cette pièce est fondatrice du théâtre français.
Les programmes scolaires des collèges et des lycées en appellent à l’héritage culturel. Il s’agit en effet, de «  donner aux élèves des connaissances culturelles en les mettant en contact avec des textes littéraires devenus des références. »
Le public qui vient découvrir la création d’Alain Ollivier est en grande partie composé de jeunes spectateurs et ces adolescents de Saint-Denis applaudissent à tout rompre à l’issue d’un spectacle de deux heures dix sans entracte.
Ont-ils été sensibles à la Beauté ? Ont-ils été réceptifs à la musique des alexandrins ? Ont-ils été touchés par les personnages ? Expriment-ils leur admiration face à un monument de notre patrimoine ? Où sont-ils reconnaissants au théâtre de leur donner à voir ce que l’école leur donne à apprendre ?

Christine Le Bot

(Photo DR / Bellamy)

Publié en partenariat avec le Théâtre Gérard Philipe et l'accord des participants à l'atelier de critique théâtrale.

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Published by Christine Le Bot - dans À Paris 2007-08
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