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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 14:05
NE PAS RESTER DE GLACE

Rêve merveilleux d'un enfant d'André Gide - "Famille je vous hais" -, cauchemar grotesque, farce "hénaurme" ou incursion dans un asile de fous ?

Après une "Société des loisirs" (1) solidement dérouillée, la société, "tout court", la voilà encore, avec cet "Enfant Froid", questionnée, remise en question … Autant que cette fameuse famille de plus en plus vilipendée de nos jours, représentée ici par les parents bien-pensants et nantis : un père égoïste et radin, une mère soumise et popote, leurs enfants : deux filles à caser, chacune rebelle à sa façon, et "beaux-enfants" pas beaux du tout. Avec eux, on va rire méchamment, tous fantasmes et tabous libérés, en fonçant droit dans le mur de la dérision la plus totale.

Revoici les "Jeux de Massacre" de Ionesco ?

Les grands maîtres du Théâtre de la Dérision, que l'on croyait bien oubliés : d'Adamov et Arrabal à Ionesco, non seulement ne sont pas morts mais se trouvent "une descendance", une famille si l'on ose dire ! Tel ce Marius Von Mayenburg, auteur allemand que l'on avait découvert au printemps 2004 avec "Visage de Feu" au Théâtre de Poche dans la mise en scène de Michel Bernard. Déjà un choc. Quatre ans plus tard, on est, encore, secoués par des constats virulents de part et d'autre des océans, du Québec et Archambault avec "La Société des Loisirs"(1), d'Allemagne et Von Mayenburg pour "l'Enfant froid".

EnfantFroid----Pierre-Bodson.jpg
Certes pas d'"Enfant Roi", ici, et peut-être même pas d'enfant du tout. Quoique… c'est avec le regard d'un enfant innocent et cruel que l'auteur livre un tableau qui pourrait être bien désolant s'il n'y avait cet humour décoiffant baignant toute la pièce.

De la promiscuité est née l'horreur…

Tout sourire, les huit acteurs se présentent à nous comme annonciateurs d'une bonne farce dans un univers pourtant clinique. Abondance de verres et boissons au premier plan et en fond de scène, une rangée de cuvettes de "toilettes dames". Les métamorphoses du plateau du Z.U.T. vont devenir légendaires tant imagination et ingéniosité provoquent  pertes de repères et dépaysement total, quel que soit le/la scénographe aux commandes. Ici c'est Renata Gorka, qui s'est également occupée des costumes. Musique techno, ambiances survoltées, comme ce qui bout à l'intérieur des personnages sous les costumes chics, c'est parti : nous allons nous accrocher à nos sièges car ils ne nous quitteront plus et nous entraîneront dans leur délire !

Le comédien Laurent Capelluto dont c'est la première mise en scène, aime citer Thomas Ostermeier (2) qui invite à "un regard à l'intérieur du personnage". Et pour cela il oppose les gestes sociaux aux mouvements pulsionnels, les convenances aux dérapages qui les caricaturent. Le couvercle de la marmite à pression soulevé, la bride est lâchée aux chevaux sauvages, cette "part d'animalité" féroce qui sommeille en nous (les faux masques arrachés, on plaque le vrai, celui du porc qui dort, sur le père mort). Mariage ou enterrement, viol ou "résurrection", rien n'est pris au sérieux ni respecté. Des contrastes naît souvent l'hilarité, une sorte de comique violent, de rire trouble, le plus étrange étant que ces personnages, vraiment monstrueux quelque part, vont parvenir à nous toucher… par leurs contradictions justement. Comme si elles nous renvoyaient à nous, à qui il arrive de nous surprendre nous-mêmes, parfois…

Sommes-nous toujours en accord profond avec ce que nous exprimons en société ? Osons nous dire vraiment ce que nous pensons ? En déclenchant la redoutable mécanique du rire, en s'affirmant en grotesques, les acteurs suscitent un "examen de conscience" qu'on aurait pu croire incongru dans un tel univers déjanté.

Suzane VANINA (Bruxelles)

1) le spectacle précédent, dans ce même théâtre (12.2007), voir écho sur site
2) premier metteur en scène qui collabora étroitement avec l'auteur dans l'équipe artistique de "La Baracke" à Berlin.

Crédits photos © Pierre Bodson

Texte :"L'Enfant froid" de Marius Von Mayenburg – Traduction Laurent Muhleien
Dramaturgie : Florence Klein
Mise en scène : Laurent Capelluto assisté de Mathilde Schennen et Gaetano Vanto
Interprétation : France Bastoen, Anne-Pascale Clairembourg, Didier Colfs, Angelo Dello Spedale Catalano, Georges Lini, Luc Van Grunderbeek, Laure Voglaire et Martine Willequet
Scénographie, costumes : Renat Gorka
Lumière : Alain Collet

Du  17 au 19.1.2008 et du 29.1 au 16.2.2008 au Z.U.T. Rés. : 0498.109.440– info@zoneurbainetheatre.be – www.zoneurbainetheatre.be

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Published by Suzane VANINA - dans En Europe 2007-08
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commentaires

Laurence 13/02/2008 23:46

Quel spectacle formidable!Encore une énorme réussite du ZUT! J'en tremble encore... J'ai été touchée par tout: le texte, la scéno, les acteurs,... Ha, ces moments où on ne sait pas si on doit rire ou pleurer, c'est tellement bon! La boule au ventre en sortant ça fait plaisir. Le besoin de prendre l'air et de s'assoir alors qu'on l'a été pendant 1h20... impossible de tenir debout!La fin du spectacle qu'on ne veut pas voir arriver, les acteurs qu'on ne veut pas voir partir du plateau pour de bon... Le spectacle qu'on meurt d'envie de revoir mais qui est complet depuis la première représentation!Tout ça où? Dans un théâtre auquel on ne donne pas d'argent! A quoi ça sert de leur donner des prix? A quoi ça sert de faire croire qu'il y a une certaine reconnaissance alors qu'ils n'ont aucun subside!? Aujourd'hui, le ZUT est encore menacé de fermer ses portes car "on" ne veut pas donner d'argent à la jeune création! C'est du Grand n'importe quoi!Que le ZUT continue de se battre, que Georges Lini ne perde pas espoir et qu'il tienne bon... Que le ZUT triomphe!

Chronique Fraîche