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Festival d'Avignon

25 février 2005 5 25 /02 /février /2005 00:00

« DES POIGNARDS DANS LE SOURIRE DES HOMMES »

En Écosse, au XIe siècle. Les guerriers Macbeth et Banquo sont abordés par une sorcière-louve. Elle leur prédit, pour l’un, un avenir de thane de Cawdor et de roi ; pour l’autre, le règne de ses enfants à la suite de Macbeth. Très vite, la prédiction se confirme. Dès lors, le venin du pouvoir est inoculé dans les veines de Macbeth, plus sûrement que celui de la cocaïne. Pourtant, dès le début, les dés sont jetés et pipés : le pantin métallique, qui nous fait face, est déjà décapité. Mais « le charme est noué ». La tragédie est en marche et avance au pas de charge…

Comme toujours, Shakespeare traite de l’essentiel : l’« archaïsme » des âmes, les pulsions inavouables larvées au fond de l’être, les bassesses immondes nichées dans la crypte des cœurs, le chaud goût du sang suintant des bouches froides d’hommes et de femmes aux crocs de molosses. Et il le fait à travers une langue admirable, claquante, précise, évocatrice, juteuse, cousue de fureur, via la traduction de Jean-Michel Déprats, non moins poétique.



Jean-François Matignon a réglé là une mise en scène somptueuse, hitchcockienne, gorgée de sens, ourlée de rouge, de brun, de blanc, de noir, de gris… Il y a du Rembrandt, du le Caravage, du Georges de La Tour dans ce Macbeth-là. En totale osmose avec Shakespeare, tout dans ce spectacle nous envoûte : les brumes écossaises, les ceps de vigne – fœtus, pendus, cadavres, carcasses, lumières… –, les meubles, les éclairages, les clairs-obscurs, la musique… Rien n’est gratuit, tout est à sa place, comme depuis l’origine du monde.

Cet artiste Avignonnais, au sourire tendre, intelligent et moqueur, scrute « les semences du temps » avec acuité, nous baigne dans « le mauvais air » avec talent et explore avec une générosité sans faille l’âme des humains.

C’est aussi un formidable maïeuticien d’acteurs, qui les accouche du meilleur, dans le respect de leur liberté créative. Et rend l’interprétation homogène.

Roland Pichaud, méconnaissable, à la voix mâle, puissante et claire, me harponne par son Macbeth de haute tenue, vaniteux, veule, velléitaire, paranoïaque qui voit « des poignards dans le sourire des hommes » et roi « repu d’horreur ». Sophie Mangin me glace par sa Lady Macbeth déterminée, véritable force en action, et sans illusions (« Pour tromper le monde, faites comme le monde ! »), finalement vitrifiée par la folie. Isabelle Provendier (une grande découverte) me tétanise avec sa sorcière tricéphale belle comme le péché originel, venimeuse, perverse, à la fascinante démarche boiteuse et dansante. Nicolas Gény, impeccable, interprète Banquo et son spectre avec finesse et sobriété. Dominique Laidet me séduit par sa fougue. Thomas Rousselot et Gurshad Shaheman me convainquent par leur fraîcheur et leur dynamisme.

Je veux souligner, enfin, le formidable travail de Laurent Matignon et de Laurent Schneegans.

Bref, un spectacle qui nous rassasie de beauté, de lucidité et d’humanité.


Macbeth, de William Shakespeare
Traduction : Jean-Michel Déprats
Compagnie Fraction, 23, place des Carmes • Avignon
Tél./Télécopie : 04 32 74 06 77 – fraction@wanadoo.fr
Mise en scène : Jean-François Matignon
Avec : Nicolas Gény, Dominique Laidet, Sophie Mangin, Roland Pichaud, Isabelle Provendier, Thomas Rousselot et Gurshad Shaheman
Présents à l’image : Laurence Bardini, Hugo Bérenger, Camille Carraz, François Dorlhac, Michèle Dorlhac, Virginie Lafontaine, Jean-Louis Larcebeau, Tanguy Matignon, Véronique Matignon et Christian Riou
Scénographie : Philippe Campana et Jean-François Matignon
Création et fabrication des pantins : Jean-Baptiste Manessier, assisté de Jeanne Manessier
Quatre toiles peintes de Natalie Lamotte
Lumières : Laurent Matignon et Laurent Schneegans
Costumes : Christine Gras et Annick Serret
Son : Régis Sagot
Images : Laurent et Jean-François Matignon, assistés de Laurence Barbier
Direction technique : Laurent Matignon
Construction du décor : Philippe Campana, assisté de François Dorlhac
Assistant à la mise en scène : Vincent Jean
Salle Benoît-XII, 12, rue des Teinturiers • Avignon
Tél. 04 90 85 32 06
Le spectacle va se rejouer mardi 1er mars à 19 h 30, mercredi 2 mars à 21 heures et jeudi 3 mars à 21 heures à Théâtres en Dracénie • Draguignan
Tél. 04 94 50 59 50

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Published by Vincent Cambier - dans Chroniques 2005-06
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