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Festival d'Avignon

6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 21:55
UNE COMPOSITION SCÉNIQUE RÉUSSIE

Christophe Malavoy  incarne Romain Gary. Qui est Romain Gary ? le père d’Emile Ajar. Qui est Emile Ajar ? Un prix Nobel de littérature, un écrivain reconnu, admiré. Gary/Ajar ou le double je. Regretté Gary, brouilleur de pistes devant l’éternel, aujourd’hui, nous aurions tant besoin de tes mots !

Christophe Malavoy nous raconte la vie de cet écrivain complexe, tour à tout aviateur, diplomate, cinéaste, surtout libre-penseur, « électron libre » qui se jouait des bienséances et autres rayonnages accommodants pour laisser éclater sa colère contre la bêtise humaine.

Du texte d’André Asséo, un ancien ami de feu Gary qui a puisé dans ses souvenirs personnels et des extraits d’œuvres, la construction de ce récit fort documenté, Christophe Malavoy nous livre une mise en scène taillée au cordeau, graphiquement irréprochable, avec ses longues bandes de tulle sur lesquelles sont projetés les fantômes de l’existence de son héros, et qui génèrent un labyrinthe obscur dans lequel Gary/Ajar s’enfonce lentement . Le déroulé de l’œuvre par rétroprojection sur la matière fluide donne une impression visuelle du plus bel effet, comme une écriture en lévitation. Le fauteuil Club face ou dos au public, figure l’écrivain disparu, selon qu’il observe ou raconte son œuvre. Cette composition scénique intéressante sert la polarité du personnage et sa plongée progressive dans l’abîme.

Christophe cisèle la vie de Romain en épisodes, entre sa mère, extravagante et aimante « l’amour maternel qui lui a fait une promesse que la vie ne nous rend jamais », Hollywood et sa kyrielle de stars de l’époque (Groucho Marx, Errol Flynn, Gary Cooper, John Ford, John Huston…), ses amours, son éminente carrière diplomatique et enfin la consécration de l’homme sous les traits d’Emile Ajar. Il traverse les paysages de cet homme malin, torturé qui jusqu’au bout de sa vie, se bat pour être libre, et qui, même dans la mort, choisit son destin. Écologiste avant l’heure, défenseur des opprimés, sans misérabilisme, ni philanthropie. Il se bat, sa vie durant, pour échapper aux étiquettes univoques. Malgré les mises au pilori, parfois saignantes, il poursuit son chemin. Cet incompris, tête de turc de certains critiques, ira même jusqu’à troquer son identité contre celle d’Ajar, facette bienheureuse.

Une interprétation sage

Seul bémol à ce spectacle de très bonne facture, l’interprétation trop lisse de Malavoy acteur dont la pudeur et la générosité envers son personnage empêche tout mimétisme confondant, et dessert un jeu qui pêche par manque d’engagement. Il livre un portrait de Romain Gary, pudique, sensible loin de l’homme tellurique et ténébreux qu’il donnait à voir. Mais, l’angle choisi tronque le propos et affadit la confession par endroits tandis que ce brouillage de pistes densifie le personnage par ailleurs.

Quel plaisir de se balader parmi les turpitudes de ce héros d’une époque révolue, de croiser ses gourous, ses pourfendeurs, d’épouser sa silhouette élégante et entendre battre son cœur d’homme épris, en lutte permanente « contre le fascisme éhonté de la connerie humaine ». Gary, le licencieux échange son habit de misogyne, aux moult conquêtes contre  celui d’un amoureux dévoré par sa passion pour trois femmes dont Jean Seberg sera la plus illustre.

Laissons nos appétences d’anecdotes croustillantes se délecter de ce mondain d’hier, qui évite les écueils du cynisme non constructif et volontairement méchant pour de véritables traits d’esprits . Si la fonction du spectacle de théâtre est de catalyser notre curiosité pour aller au-devant de soi, à la rencontre de l’écrivain, cette adaptation est une belle réussite, qui mérite tous les hommages car didactique, elle est, et du désir, elle crée ! « Au revoir, merci » messieurs Malavoy et Asséo pour cette heure de bonheur !

Maïa ARNAULD (Paris)

Mis en scène par Christophe Malavoy
Texte : André Asséo
Interprété par Christophe Malavoy

Jusqu’au 29 février 2008

Petit Parnasse
31 rue de la gaieté
75014 Paris
01 43 22 77 74


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Published by Maïa ARNAULD - dans À Paris 2007-08
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commentaires

Tietie007 04/07/2009 08:40

Quelle singulière vie que celle de Gary !

Chronique Fraîche