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Festival d'Avignon

13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 22:07
CHRONIQUE D'UN UNIVERS IMPITOYABLE

Avec Unter Eis, créée à la Schaubühne de Berlin, le metteur en scène allemand Falk Richter dénonce brillamment le culte de la performance et du jeunisme.

« Allô ? Est-ce que quelqu’un m’entend ? »  Il a peur, Paul Niemand. Une peur panique de l’indifférence. De l’anonymat. « L’univers n’a pas remarqué que j’existais ». Et pour cause. Paul porte bien son nom. Niemand : personne, en allemand. Pourtant, Paul a un bon job. Un « beau statut social », comme on dit. Il est consultant. C’est-à-dire ? C’est-à-dire que Paul est l’une des pierres angulaires d’un monde de communicants sans âmes, boulons de la vaste machine à broyer de l’entreprise, bourreaux et victimes d’un système froid, lisse et surfait, comme de la glace.

Unter-Eis-2.jpg
Paul a des femmes. Paul n’a pas de femme. Ni d’enfants. Pas le temps. Son travail, c’est sa vie. Mais nous sommes dans l’univers de la com’. Quarante ans, c’est vieux. Trop vieux. Paul est passé sous la glace, il commence sa descente. La mise au placard n’est pas brutale, non. C’est beaucoup plus doucereux. « On les supprime progressivement », explique un avatar de jeune cadre dynamique. « C’est une euthanasie très humaine ».

Personal effectivness and feedback


Alors Paul égrène ses souvenirs, retrace son parcours, dans un allemand onirique et poétique, magnifié par l’interprétation de Thomas Thieme. Son premier entretien d’embauche. Pour tester les jeunes loups, une mise en scène du Roi Lion. Paul écope du rhinocéros. La jungle, déjà. Ses rêveries mélancoliques et désabusées sont entrecoupées d’une véritable leçon de consulting dans un franglais impeccable qui vire à l’absurde. On y parle personal effectivness, curiosity et feedback. Les chômeurs ? « Ils se cachent, pour ne pas qu’on les force à retourner travailler ». La démocratie ? « Un handicap pour notre économie ». Le licenciement ? « C’est pour le bien commun ». La solution : des facts, facts, facts. Constat, proposition, et stratégie. « Target the loser. Kill, kill, kill. » Costard-cravate, brushing impeccable et ultra-brite, les deux jeunes guerriers du management font froid dans le dos.

Avec une grande finesse, mêlant poésie, humour et cynisme froid, Falk Richter démonte la mécanique implacable de la performance à outrance. La scénographie est sobre. Une table de conférenciers, trois chaises. Et puis ce grand mur blanc, mur de glace où sont projetés des images du monde moderne. Lignes droites et grands buildings oppressants. Verre, acier, béton. Un monde duquel les humains sont peu à peu bannis. « Je vous donne ma vie et vous en faites un espace vide », soliloque Paul Niemand.  Licencier tous les humains de la planète, pour ne plus laisser vivre que les objets : voilà le but ultime de l’entreprise mondiale.

Issu d’un projet plus large intitulé Das System, Unter Eis est née après que Falk Richter a visionné plus de 200 heures d’entretien avec des chefs d’entreprise et des consultants. Il a mêlé leur jargon à la puissance de sa poésie, pour une pièce coup de poing et envoûtante. On reste médusés par la richesse du propos, la beauté du texte et la qualité de l’interprétation. Chapeau bas.

Michèle COLOMBEL (Lille)

Unter Eis ( Das System 2) : Sous la glace.

Texte et mise en scène de Falk Richter
Scénographie de Jan Pappelbaum
Costumes de Martin Kraemer
Musique de Paul Lemp
Dramaturgie : Jens Hillje
Vidéo de Martin Rottenkolber
Lumières : Michael Gööck

Avec Robin Meisner, André Szymanski, Thomas Thieme et Mark Waschke.
Une production de la Schaubühne de Berlin.

Au Théâtre du Nord de Lille du 5 au 8 février.
Durée : 1h20

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Published by Michèle COLOMBEL - dans En Région 2007-08
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