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Festival d'Avignon

13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 22:18
RÊVE ÉVEILLÉ

Jamais le classique de Shakespeare n’aura été autant mis à l’épreuve. Un vent de vitalité, de délire, de bestialité  souffle sur un texte pétri d’onirique. Thomas Ostermeier et la chorégraphe Constanza Macras s’emparent de cette merveilleuse matière à fantasme comme un tremplin vers une divagation consciente, un rêve évéillé où pulsions et désirs éclatent dans un délicieux esprit de démesure.



Sur scène la fête commence déjà comme pour inviter les spectateurs à prendre place. L’environnement tantôt familier tantôt délirant nous interpelle et nous inquiète. La forêt shakespearienne a des allures de loft rétro avec escalier en colimaçon et pléthore de portes battantes : l’espace  propice à une orgie romaine à la mode seventies. Satyres, fées, monstres et divinités ont des allures de figures contemporaines un brin allumées. Les corps s’enlacent, se heurtent, s’embrassent,  se taquinent, se dénudent, se ridiculisent  dans un élan d’absurde et de vitalité. Un groupe de musiciens délurés entretient la danse à coup de russian disco. La bonne humeur règne dans ce chaos festif et décadent. Une décadence sublimée... L’alchimie avec le public fonctionne : on a envie plus que jamais de participer à la démesure.

Sommernachtstraum-ArnoDeclair.jpg
La pulsion reine

C’est le préambule agité à une avalanche de délires survoltés, de charnel embrasé, de fantasmes éprouvés de frustration. La langue de Shakespeare prend corps dans une danse éléctrique : les mots sont tantôt suffoqués, sifflés, saccadés dans un souffle d’érotisme, tantôt incarnés dans des convulsions où les corps s’entrechoquent, s’imbriquent, se rejettent, fidèles aux vagues du désir. Les rôles s’échangent  et se confondent à l’envi, avec autant de conviction et d’énergie : chaque figure de la fresque mythologique moderne dégage la même frénésie de vivre et de dérive.

Markus Gertken incarne un Obéron surréaliste moitié dénudé, moitié vêtu d’une tenue de cow boy sixties à paillettes.
Bettina Hoppe, chargée de fureur, survolte la scène aussi bien en Titania qu’en Hermia.
Rafael Stachowiak  joue un Lysandre exquis de douce perversion tentant de d’abuser de son Hermia endormie. Lars Eidinger redouble en humour et en sensualité présentant un nouveau visage à chaque figure enrôlée.

On se laisse volontiers hypnotiser par cette décharge d’éros. On égare le fil du texte initial, des rôles attribués,  des langues rélles ou inventées qui fusent comme autant de voix du désir. Un pied dans une autre réalité, les yeux remplis de douce folie, on ressort du songe, agité, affaibli, soulagé. Une expérience de somnanbule sur les planches comme seul peut le faire l’audace, le charnel et la densité de la fusion Ostermeier-Macras.

Elsa ASSOUN (Paris)

D’après William Shakespeare
Texte en allemand : Franck Günther
Mise en scène et chorégraphie : Thomas Ostermeier et Constanza Macras.

Décor : Jan Pappelbaum
Costumes : Ulrike Gutbrod
Musique : R.Chris Dahlgren, Maurice de Martin, Alex Nowitz
Dramaturgie : Marius von Mayenburg
Lumière : Erich Schneider

Avec : Nabih Amaraoui, Robert Beyer, Lars Eidinger, Markus Gertken, Jörg Hartmann, Bettina Hoppe, Hyoung-Min Kim, Florencia Lamarca, Eva Meckbach, Alex Nowitz, Gail Sharrol Skrela, Rafael Stachowiak.
Production : Schaubühne am Lehniner Platz Berlin.

Au Théâtre de Chaillot du 31 janvier au 2 février 2008.

Photo © Arno Declair


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Published by Elsa ASSOUN - dans À Paris 2007-08
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