Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 19:54
L'ART DE LA CONVERSATION DÉSINVOLTE

Trois théâtres bruxellois dévoilent l’œuvre singulière (méconnue chez nous) d’une figure de proue du théâtre contemporain japonais, Oriza Hirata - auteur, metteur en scène, directeur de théâtre à Tokyo et théoricien de sa pratique.  De février à mars, la traversée nous emmène donc à « Tokyo notes » aux Tanneurs, « Nouvelles du plateau » au Varia par Hirata et sa troupe et un inédit au KVS, « In het bos/Dans les bois », un texte commandé par la compagnie Transquinquennal. Le premier coup, sans grand relief, démontre le risque de l’œuvre : l’ennui.


Avec Hirata, c’est une espèce de Tchékhov fortement amaigri, mêlé au nouveau roman : ni intrigues, ni portraits psychologiques mais de la (sous-)conversation et du temps qui s’écoule au cœur de l’humain. Le tout, du léger et du grave, est parlé sur le même ton anodin, très zen, pour discuter du « presque rien », d’une tasse de thé, d’une guerre lointaine ou encore d’un grand philosophe ou d’une œuvre d’art. C’est « Tokyo notes », et ça se passe dans le hall d’un musée d’art moderne de Tokyo où les tableaux de Vermeer se sont réfugiés, fuyant une guerre sans nom qui sévit en Europe.

TokyoNotes.jpg
Dans ce lieu de passage, une vingtaine de personnages (et de comédiens!) vont déambuler et causer. Des couples, des groupes, une famille, des retrouvailles, des éloignements, des combats, des défaites et des réflexions: Vermeer, la guerre, Spinoza, etc. En phrases courtes, Hirata écrit la pensée et l’étendue, l’individu et l’ensemble, en jeu concentriques, en partition dodécaphonique, où la vie est piquée dans l’instant, dans son quotidien le plus neutre. Naturalisme, la parole suit le mouvement : murmures, interaction étalonnée d’interjections courantes («ah bon?», «Ah oui!?», «Mmm» «Oui», «non» «Quoi?», «Hein?»). Naturalisme toujours, les personnages conversent parfois dos au public. Retour du quatrième mur, forcément.

Hirata, c’est aussi du beau satin : pas une note plus forte que l’autre, pas un personnage plus important que l’autre, la pièce dans sa vision est une partition délicate, quasi atonale, avec des notes d’humour par petites touches. Le lecteur y déambule agréablement.
Pourtant, c’est bien l’ennui, ce «monstre délicat», qui insidieusement nous a plombés sur notre inconfortable siège, lors de la première de cette création attendue.

Ne tirez pas sur l’iceberg

Etonnant alors que la lecture de la pièce soit passionnante, le spectacle-de-bonne-volonté signé Xavier Lukomski nous l’a renvoyé fade, fortement piqué d’une banalité sans saveur. D’abord nous sommes conviés à entrer dans la salle par l’arrière, le temps d’un « conditionnement » (presque inutile), une mini balade dans le quartier populaire des Marolles avec ses immeubles illuminés par endroit et son calme plat. Première banalité, qui se poursuit.
En ouverture, un homme pèle une orange. Il prend son temps (quelques fous rires fusent dans la salle), des personnages traversent la scène. Performance? Non, l’orange qui se pèle permet à l’arrivée du texte de nous surprendre : une conversation à peine murmurée, derrière la foule, sur une balustrade métallique. Tout ça pour ça.
 
La scénographie de Christine Flasschoen ne déroge pas à l’ambiance simple et banale du spectacle : quelques bancs jaunes, design, quelques cendriers, un distributeur de café, un espace avec étages, coursives et balustrades… La pièce d’Hirata ressemble effectivement aux tableaux de Vermeer, des instants capturés de la vie quotidienne, en petite lumière et beaucoup d’ombre.

Malheureusement, du côté de l’ombre, le spectacle « Tokyo notes » n’a pas eu une grande portée et reste creux. De plus, les dialogues sont restés coincés dans l’ultra anodin, trop faiblement imbibés d’un entre-deux et de silences denses. Résultat : texte, décor et interprètes sont coulés dans une banalité plus ennuyeuse que savoureuse. Manque de relief.  Avec un petit mois de répétition, l’orfèvre semble s’être contenté d’une mise en scène chorégraphique de « va et vient » - classique – avec cette pièce casse-gueule sous des dehors modestes. Regrettable.

Nurten AKA (Bruxelles)

Texte : Oriza Hirata
Traduction: Rose-Marie Makino-Fayolle
Adaptation et mise en scène : Xavier Lukomski

Scénographie: Christine Flasschoen
Lumières : Xavier Lauwers et Frédéric Gossiaux
Photo de la fenêtre: Paul Maurer
Images : Michèle Hubinon
Son: Marc Doutrepont

Avec : Lula Bery, Katell Borvon, Cédric Cerbara, Hélène Couvert, Alice De Visscher, Alexia Depicker, Jo Deseure, Alexandre Dewez, Pierre Dherte, Lazare Gousseau, Alice Hubball, Francesco Italiano, Cécile Leburton, Cédric Le Goulven, Julie Leyder, Gaël Maleux, Marie Meunier, Céline Peret, Ariane Rousseau,  Jean-Michel Vovk

«Tokyo notes» au Théâtre les Tanneurs, jusqu’au 23 février. OO32/ 2 512.17.84. www.lestanneurs.be

Photo © Charlotte Sampermans

Partager cet article

Repost 0
Published by Nurten AKA - dans En Europe 2007-08
commenter cet article

commentaires

Chronique Fraîche