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Festival d'Avignon

17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 20:02
UNE FAMILLE EN CRISE

Derrière ce titre étrange se cache le drame grotesque d’une famille déchirée par l’incompréhension, écrasée de souvenirs vécus ou fantasmés, martyrisée par la cruauté que chaque membre inflige à l’autre ou à lui-même. Le Texte de Pierre Notte est soutenu par une troupe d’acteurs pleine de sève, mais se trouve quelque peu desservi par la mise en scène au rythme invariable.


D’abord... D’abord il y a l’aîné, qui vit à Bordeaux, enfin qui vit, c’est vite dit, disons qu’il est là, tout juste, prostré, « qui n’fait rien d’ses dix doigts ».
Ensuite, il y a la grande sœur, une caractérielle qui tourmente sa famille à prendre ses grands airs, il faut dire, monsieur, qu’elle est Catherine Deneuve, une grande dame en perruque blonde qui cite Shakespeare en dénigrant le thé que lui a servi sa mère, une dame qu’aimerait bien avoir l’air… mais qu’a pas l’air du tout.
Après, vient la petite dernière, qui fait couler son propre sang, juste pour vérifier qu’elle est bien vivante, au contraire de son fiancé qui s’est défenestré. Elle s’enferme dans la cave aussi, pour chanter d’un air triste devant un public imaginaire avec un talent tout théorique. Il faut dire, monsieur, que chez ces gens là, on ne chante pas, on crache sa misère.
Enfin il y a la mère qui traîne des souvenirs vagues de son mari, parti il y a longtemps, des souvenirs de sa petite gloire passée, quand elle chantait au Québec et qu’on l’aimait bien.

moi-aussi-deneuve.jpg
Comme dans la chanson de Jacques Brel, cette famille dépeinte par Pierre Notte crève de rage, d’envie, d’apathie, mais contrairement à Ces gens là, il n’y a pas de Frida dans cette famille, pas de soleil ni de fenêtre pour éclaircir ce drame noir, très noir. Noir et grotesque, parce que l’outrance semble fonctionner ici comme contrepoint à la banalité du quotidien. « Ton merlu, tu te le carres au cul ! » lance la fausse Catherine Deneuve à sa mère. Classe, très classe, Catherine. Il faut dire qu’elle peut dire ce qu’elle veut Catherine, personne lui en voudra bien longtemps. C’est elle le personnage principal de cette pièce, non pas Catherine Deneuve, mais son image, l’icône qu’elle est devenue, une icône en papier glacé qui n’a de cesse de vouloir réchauffer son image avec des rôles à contre-emploi, de schizophrène dans Répulsion de Polanski ou de suicidaire dans Le Vent de la nuit de Garrel. Dans ce quatuor familial, le mouvement est inversé : prisonnière de sa folie, la famille, la mère surtout, tente d’instaurer un semblant de normalité dans les relations entre ses membres, désespérément, inutilement.

Humour ravagé

Cette comédie dramatique à l’humour ravagé doit son succès passé à des répliques souvent efficace, « qu’est ce que c’est encore que ce truc à la Jean-luc Godard ? », et à un ton mordant et acide. La jeune troupe des Gourgandines qui reprend cette pièce ne manque pas de tempérament, mais de précision parfois, une précision nécessaire à la bonne tenue d’un texte plus exigeant qu’il n’y paraît, mêlant l’ironie, l’humour noir, le grotesque au pathétique, jusqu’au dégoût. La troupe jouit d’une pleine vitalité, mais son jeu tend parfois à l’exagération alors qu’un peu plus de finesse et de retenue aurait pu soutenir de façon plus efficace le propos.

La mise en scène au rythme trop régulier, linéaire, donne à ressentir que l’ensemble pêche par excès d’enthousiasme et par défaut de recul. Tout cela ne doit pas gâcher l’envie d’aller voir ce spectacle déconseillé aux âmes sensibles mais recommandé à ceux que la folie et l’humour noir n’effraient pas.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Moi aussi je suis Catherine Deneuve

Compagnie Les Gourgandines
Mise en scène, décor, lumière, interprétation :
Emily Lombi, Marine Mennesson, Pauline Gratien, Arnaud Perron
Réservations au 01 48 03 49 92

Au Théâtre des deux rêves, 5, passage de Thionville, 75019 Paris
Tous les mardis à 19 h 30 jusqu’au 26 février 2008, relâche le 19 février 2008.

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Published by Morgan LE MOULLAC - dans À Paris 2007-08
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