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Festival d'Avignon

24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 20:15
ÉPOPÉE DÉJANTÉE
  
Vengeance Nippone est l'un des délicieux fruits des deux années de formation des élèves du FRACO (Formation professionnelle Réservée à l’Acteur COmique et au clown), où le clown de théâtre et l’acteur burlesque sont mis à l’honneur. De ce spectacle, on sort comme d’une nuit de rêves délirants, où l’imagination sans cesse nous surprend.

Présenté dans le cadre du Frako festival, Vengeance Nippone aurait pu rester un simple travail de fin d’école, l’aboutissement d’un apprentissage. Et bien non. Parce qu’il interroge le rapport du comédien au public, qu’il réinvente une communication et une complicité trop souvent mises en marge, Vengeance Nippone est de ceux qui marquent et qui mériteraient d’être vus encore et encore.

La fable se construit comme on construirait un château de Lego : mille formes et couleurs, des surprises à chaque coin de scène, des personnages ballottés dans les méandres d’un « japan trip », un peu bancal parfois, mais qui se hisse vers une fin proprement géniale. Dans un Japon stéréotypé à l’extrême, nourri de clichés littéraires et cinématographiques – du samouraï nerveux, fou de haïkus mièvres, à la jeune vierge se réincarnant en hirondelle- , l’on suit les pérégrinations de Lapsang Souchong, la princesse promise, et de Kantakayo, le serviteur amoureux. Enlevée et mariée de force à un répugnant guerrier, la princesse apprend petit à petit à vivre avec lui, alors que Kantakayo s’est mis en tête de retrouver Lapsang, de l’épouser, et de devenir un héros.

L’art de jouer avec les préjugés

S’entame alors un périple effréné, où l’on rencontre maints personnages, tous plus caricaturaux… et géniaux les uns que les autres. Un chaman imposteur, un couple impérial tyrannique et hystérique -joué par deux grands acteurs en perruque et talons hauts, à la voix haut perché et aux attitudes maniérées- en passant par la terrible maîtresse du samouraï, reprenant avec humour la froide cruauté des geishas japonaises.
Une foule de petits détails croustillants qui font écho à notre propre (mé)connaissance de cette culture. Et c’est de cette distance là, que l’on rit (car on rit, oh ça !). Cette capacité de mettre à mal toutes nos représentations et nos préjugés en les poussant jusqu’à l’absurde, c’est cela qui fait sans doute la force de ce spectacle. 

Même si le traitement des scènes que l’on pourrait qualifier de « «grivoises » (imposées à la création) manque de subtilité et détone par rapport à la fraîcheur de l’ensemble du spectacle, ce n’est pas ce que l’on retient de Vengeance Nippone. L’apparition finale de « l’enfant parfait », un grand garçon blond peroxydé, vêtu de blanc et de niaiserie, nous fait vite oublier cette maladresse : en un tournemain, il  démêle l’incroyable nœud d’intrigues et sème emphatiquement le bonheur autour de lui.  Une « japoniaiserie » délirante des plus cocasses, qui n’est pas sans rappeler l’image du héros « sauveur » tant vanté par les médias…

Un fantastique plaisir de jeu

Et de tout cela, il se dégage une formidable énergie : les comédiens se laissent aller au plaisir du jeu, ce jeu avec le « trop » qui  immédiatement crée une connivence avec le public. C’est comme s’il jouait lui aussi, guidé par le rire. Mais derrière tous ces «trucs » burlesques se cachent une grande sensibilité et un étonnant désir de partager, d’aller au-delà des limites de la convention théâtrale pour prendre le temps d’être là, et de jouer à jouer la comédie. Si les acteurs sont excellents, c’est précisément qu’ils osent tout, s’amusent à nous surprendre, et à se surprendre eux-mêmes, sans pour autant tomber dans le grotesque.

A travers les différents rôles qu’ils incarnent, tantôt acteurs, tantôt musiciens, tantôt serviteurs, tantôt batraciens, les comédiens de Vengeance Nippone ont cela d’intéressant qu’ils font preuve d’une incroyable richesse de jeux et de masques : leurs visages se forment et se déforment au gré des multiples personnages. Comme s’ils revêtaient des masques, tour à tour figés, étirés, plissés, amplifiés ou pincés. Ils jouent avec brio de  la faculté qu’a un visage à se métamorphoser.
Ainsi Charlie Danancher (l’empereur et la maîtresse du samouraï)  Théodore Carriqui (Kantakayo),  François Herpeux (la femme de l’empereur et la prétendante de Kantakayo), Rémy Piaseczny (le samouraï) et Mélanie Scherer (Lapsang Souchong) ne cessent de nous émerveiller. L’on prend plaisir à réécouter leurs histoires, narrées avec un second degré fort appréciable, dans un paysage théâtral qui peine à retrouver cette simplicité-là.
Marine VIENNET (Lyon)


Vengeance Nippone (création)
Interprétation : Théodore Carriqui, Charlie Danancher, François Herpeux, Rémy Piaseczny, Mélanie Scherer.
Quand ? vendredi 1er , dimanche 3, samedi 9 et dimanche 10 Février 2008
Où ? Le Croiseur, 4 rue Croix Barret, 69007 Lyon.  Tel : 04 72 71 42 26
Site : www.lecroiseur.org

Photo © Laura Ouakil

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Published by Marine VIENNET - dans En Région 2007-08
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commentaires

Guilène THOMAS 31/08/2008 19:38

Que peut-on rajouter de plus si ce n'est confirmer ce que dit Marine Viennet avec tant d'éloquence et d'intensité...c'est VRAI, "Vengeance Nippone" c'est effectivement tout cela et bien plus encore...du bonheur, du vrai bonheur pour le spectateur...à voir d'urgence comme on dit ! à déguster, savourer...Les acteurs sont brillants. A la fin du spectacle, on a envie d'aller les voir et leur dire "MERCI" pour tout ce qu'ils nous ont donné...car ils donnent TOUT, sans compter...c'est du théâtre généreux comme on aime...tellement riche que l'on n'a qu'une hâte  : pouvoir revoir cette pièce de théâtre...et suivre les carrières de ces jeunes acteurs talentueux...Une spectatrice comblée, lors de la représentation en en plein champs lors du festival de la  "Tahoua dans les Bois", août 2008, à Douvres (Ain).

Chronique Fraîche