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Festival d'Avignon

4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 22:49
FEMMES, JE VOUS AIME

Auteur incontournable de la scène artistique new-yorkaise, John Patrick Shanley retrace, avec la pièce Femmes de Manhattan, trois portraits de femmes complexes, dont les fêlures, très différentes les unes des autres, donnent à ces personnages une humanité touchante et universelle.


Adapter une pièce américaine à l’esprit très new-yorkais n’était pas tâche facile. Pourtant, Mitch Hooper, le metteur en scène, et Sophie Vonlanthen, l’une des comédiennes, l’ont traduite avec brio et finesse. Ils ont su recréer l’univers Sex and the City de la pièce avec trois femmes qui racontent leur vie, entre légèretés et confidences. Sans oublier de conserver une tonalité plus dramatique qui conduit, à travers les dialogues à percer les tréfonds des âmes féminines. Femmes de Manhattan atteste ainsi d’une réelle recherche existentielle, à travers une analyse élaborée des sentiments féminins. John Patrick Shanley a réussi à aborder le malaise des femmes, avec délicatesse, en évitant les poncifs.

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Mitch Hooper a choisi un décor très simple : un appartement new-yorkais, avec deux lampes lumineuses, un canapé au milieu, lieu des confidences intimes et une chaise confortable. Ce décor ascétique installe les personnages dans un quotidien réaliste et entraîne des conversations intimistes. Éméchées et confiantes, elles se laissent aller à des dévoilements confus ou assumés. Cette pièce nocturne diffuse une ambiance sereine, malgré des passages de confessions difficiles. Doucement bercé par des airs jazzy qui entrecoupent les scènes, le spectateur se laisse envoûté et emporté dans l’univers new-yorkais.

Portraits de femmes

Ces trois femmes, légères et soûles au premier abord, s’avèrent être trois personnages compliqués et attachants. Dans le rôle de Rhonda Louise, Isabel de Francesco joue une femme mystérieuse, en retrait, attentive aux autres. Elle semble fragilisée, parfois ailleurs. Elle n’aime pas parler d’elle. Pourtant, quand ses amies l’interrogent sur les baskets qui gisent sur la moquette, elle s’énerve. Vestige d’une relation qui a avorté, elle veut conserver cet objet masculin près d’elle, pour se souvenir. Dans des accès de colère maîtrisés, des plaintes émouvantes, Rhonda Louise explique sa différence, sa perte d’amour-propre à la suite de la rupture avec Gerry. Mince et sombre, Isabel de Francesco exprime une extrême faillibilité, portée par une sensibilité à fleur de peau.

Face à elle, il y a Billie, interprétée par une Sophie Vonlanthen qui donne à son personnage une dimension tragi-comique qui renverse le drame intérieur de son amie Rhonda Louise. Billie est d’une autre complexité. Elle vit dans le faste, mariée à un homme qui l’aime. Mais elle souffre de cette vie exempte de frissons. Alors, elle cherche la confrontation et y trouvera, une renaissance. Derrière sa voix enfantine, son regard naïf et ses paroles parfois absurdes, cette femme est très intuitive. Elle est capable de voir, de pressentir des choses pourtant invisibles.

Puis, il y a Judy, qui feint de dormir au début, allongée par terre. Elle écoute ses deux amis, force Rhonda Louise à se confier. Elle semble forte, sa voix est grave, autoritaire et dominatrice. Mais cette apparence fruste révèle de grandes frustrations. Elle se plaint de n’avoir dans son lit que des hommes qui pleurent de leur confusion sexuelle. Ses deux amis, œil extérieur critique et sincère, offriront une explication pertinente à ces rencontres malheureuses, qui aura l’effet d’une prise de conscience. Judy va se transformer et rencontrer un homme, un séducteur. Ce rendez-vous sera l’occasion d’un tête-à-tête réussi, où les deux comédiens transmettent une émotion intensifiée par une grande complicité. Blanche Veisberg, dans ce rôle ambivalent, est charmante. Aussi à l’aise dans son personnage de femme brute de décoffrage et revendicatrice que dans celui d’un être en quête désespérée d’amour et de sexe.

A côté de ces femmes au caractère bien trempé, deux hommes, qui apparaissent lors de deux scènes de duo. Si Walter Hotton et Marc Stussy sont convaincants dans ces rôles de mari névrosé et de séducteur malheureux, ils restent en arrière-plan. Ce sont les femmes qui importent dans cette pièce. Les hommes ne sont présents et évoqués que pour permettre à ces femmes d’approfondir des questionnements existentiels sur leur propre identité.

Femmes de Manhattan
offre un bel hommage à la gente féminine à travers trois portraits emblématiques de la complexité et de la vulnérabilité des femmes d’aujourd’hui.

Cécile STROUK (Paris)

Femmes de Manhattan
Une  pièce écrite par John Patrick Shanley
Mise en scène : Mitch Hooper
Interprétation : Isabel de Francesco, Blanche Veisberg, Sophie Vonlanthen, Walter Hotton, Marc Stussy.
Décors et costumes : Philippe Varache
Lumière : François-Eric Valentin

Au théâtre La Manufacture des Abbesses, à Paris
Du jeu au samedi à 21h
Réservations : 01 42 33 42 03 ou www.manufacturedesabbesses.com





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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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