LE NAUFRAGE D’UNE UTOPIE
Lorsque le régime soviétique s’est effondré, il a entraîné avec lui une série de règles de vie et une façon de gouverner. Les repères perdus n’ont pas amené ce que la liberté laissait augurer
auprès des optimistes avant d’être phagocytée par le libéralisme économique. D’où la recrudescence de la pauvreté, l’augmentation de la prostitution et l’emprise de la mafia.
L’anecdote, signée par la journaliste Maria Soudaïeva, s’annonce captivante comme peut l’être un document humain à propos de la vie et de la société. Deux prostituées qui se sont révoltées contre
l’esclavage auquel elles ont été astreintes se retrouvent enfermées dans la soute d’un bateau. Elles savent qu’elles seront torturées, voire assassinées par leurs souteneurs afin de servir
d’exemple à leurs consœurs.

En parallèle, l’auteure explique sa perception des avatars du nouveau régime. Elle témoigne du désarroi des populations, de la désorganisation des administrations, de la rupture avec le marxisme,
de la jungle qu’est devenu le monde actuel.
Le sujet promettait. Il commence par la chute symbolique d’une tenture rouge, fin simultanée du communisme et du rideau de fer. Ensuite, plongée dans un impressionnant décor de cale ténébreuse.
Des voix s’élèvent et des personnages surgissent, fantomatiques, déchirés. Ils ont une présence au présent mais également en leur imaginaire qui rêve, émet des hypothèses, s’évade en deçà et
au-delà de la mort.
Cependant, l’émotion se cherche. Elle n’affleure pas dans les voix qui hurlent, psalmodient, déchirent en une logorrhée déferlante, tentant d’animer un texte qui cherche à tout prix à jouer de la
fibre littéraire et n’entraîne guère de conviction. L’inflation verbale entre en redondance avec une profusion d’effets : éclairages visant à l’étrange, incendie avec flammes véritables, jeu
corporel entre chorégraphie et mimodrame, patchworks musicaux écrasant le poids de la parole, métamorphoses vestimentaires, travail sur le double à travers miroir et vidéo, espace prolongé
sporadiquement par l’évocation d’une vitrine pour filles de joie ou d’aquarium pour féerie… Face à cette profusion de phrases, d’images, de symboles, devant ce qui est devenu une sorte d’oratorio
radiophonique, l’attention capitule et déplore.
Michel VOITURIER (Lille)
Texte : Maria Soudaïeva (Slogans, L’Olivier, 2004), Antoine Volodine (Vociférations)
Traduction et adaptation : Antoine Volodine
Mise en scène : Charles Tordjman
Distribution : Marion Bottollier, Julie Pilod, Violaine Schwartz, Agnès Sourdillon
Scénographie : Vincent Tordjman
Lumières : Christian Pinaud
Costumes : Cidalia Da Costa
Musique : Vicnet
Perruques, maquillage : Cécile Kretschmar
Chorégraphie : Lucas Manganelli
Production : Théâtre de la Manufacture, Centre Dramatique National Nancy-Lorraine;
Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E.
Au Théâtre du Nord à Lille du 27 février au 2 mars.
En tournée : du 5 au 8 mars 08 au Théâtre des 13 vents de Montpellier ; du 12 au 13 mars 08 au Grand Théâtre de Luxembourg ; le 18 mars 08 au Théâtre du Passage à Neuchâtel (Suisse) ; du 21
mars au 5 avril 08 au théâtre de la Manufacture à Nancy ; du 13 au 17 mai 08 au MC2: de Grenoble ; du 21 au 23 mai 08 au Centre dramatique Thionville - Lorraine à Thionville.
Photo © E. Didym
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