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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 15:36
UNE COMÉDIE KAFKAÏENNE

Auteur majeur du XXe siècle, Franz Kafka s’est illustré par des ouvrages aux univers cauchemardesques proches du courant surréaliste et existentialiste. Le Bal de Kafka, pièce écrite par le dramaturge australien Timothy Daly, dresse un portrait de l’écrivain tchèque juif. Sur fond de comédie teintée de pathos, la pièce dévoile les angoisses d’un personnage hypocondriaque et marginalisé.


Franz Kafka est assis devant nos yeux. Il écrit avec cette frénésie qui lui est propre. Son support, c’est un journal tenu quotidiennement, un stylo qu’il cassera et une table. Cet objet très imposant, placé en milieu de scène, attire l’œil par sa forme, son originalité et sa mobilité. Il sert à la fois de table familiale lors des rendez-vous difficiles avec sa famille qui ne comprend pas sa propension pour l’écriture, de scène de théâtre où les personnages oniriques créés par Kafka se donnent en spectacle et de rencontres amoureuses, avec la berlinoise Félice que Kafka aimera d’un amour platonique et dont il s’éloignera pour leurs trop grandes différences de caractère.

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Cette table où l’on joue, où l’on se cache, où l’on s’aime, où l’on se dispute est effrayante. Tel un insecte, elle semble prendre vie à force de bouger, à force de voir les personnages sortir et entrer de son ventre. Cette dimension cauchemardesque, très présente dans l’œuvre de Kafka, est renforcée par des costumes ternes et déformants et des masques angoissants que le père, la mère, la sœur et la fiancée de Kafka revêtissent lors de ses rêves.

Entre fantasmes et réalité

Cette pièce incarne la personnalité de Kafka, tiraillée en permanence entre le rêve et la réalité, les fantasmes et le quotidien, le paraître et l’être. Kafka est un homme qui dort peu mais qui rêve beaucoup. Ces instants irréels sont l’occasion pour lui de refaire sa vie ratée, de mettre en scène une vie où, en tant que protagoniste, il serait écouté, honoré et aimé. Durant ces rêves, il essaye d’apprendre la comédie, avec sa famille transformée en troupe de théâtre farfelue. Aussi écrasante que dans la réalité, cette famille fictive étouffe un Kafka qui n’arrive pas à s’imposer, littéralement dominé par un père autoritaire et castrateur, une mère qui ne le prend pas au sérieux, une sœur trop préoccupée par sa liberté et une amante trop pragmatique. Kafka est enfermé dans une existence passive. Seule l’écriture le sauve et l’humanise.

Dans un jeu de lumières contrasté, l’artiste s’isole fréquemment, écrivant avec une passion nerveuse sa nouvelle intitulée La métamorphose. Tout au long de la pièce, des extraits de cette nouvelle emblématique du mal-être de l’écrivain tuberculeux viennent interrompre, illustrer et expliquer les nombreuses scènes de la pièce. Par la lecture intempestive et l’écriture lancinante de cette histoire, Kafka révèle sa difficulté et sa souffrance à être ainsi que son rapport complexe à l’art. Rejetée et adorée, l’écriture est pour lui une nécessité sombre, une « activité atroce » qui le met face à lui-même.

Un bal extraordinaire

La mise en scène étonnante d’Isabelle Starkier, très inspirée pour cette pièce rythmée par d’entraînantes chansons yiddish, rappelle l’atmosphère folle et fiévreuse d’un bal, mené par de grands comédiens. Tous livrent une vraie performance scénique, dans des rôles pourtant difficiles. Avec une pièce qui jongle incessamment entre rêve et réalité, les comédiens doivent changer et adapter leur jeu pour intégrer des personnages tour à tour différents.

Le père et la mère, interprétés respectivement par Philippe Millat-Carus et Erika Vandelet, sont étonnants de vérité dans ces rôles de parents égoïstes et impérieux entretenant des rapports conflictuels avec leurs enfants leur fils Franz et leur fille Otla.
Anne Mauberret, qui joue cette fille à l’accoutrement décalé, apporte une épaisseur comique à la pièce de Timothy Daly. Extravagante, imposante et authentique, la comédienne offre un jeu dimensionné qui trouve dans l’exagération une parfaite justesse.
Au départ discrète, Félice, la fiancée de Kafka incarnée par Anne Le Guernec prend une place de plus en plus importante. Contre point vigoureux de l’écrivain, cette femme excentrique aime la vie et est dans la vie. Plus simple et plus organisée, elle ne comprend pas cet homme absurde qui lui écrit lettres sur lettres. De sa voix nasillarde et enfantine, la comédienne donne à son personnage une ambivalence intéressante, entre la bêtise et l’intelligence fine et intuitive. Elle arrive à cerner le personnage complexe de Kafka, joué par Sébastien Desjours. L’interprétation plurielle de ce comédien permet de retrouver exactement le personnage sombre et tragi-comique qu’était l’écrivain tchèque. Dans des accès de bégaiement, de passion, de colère et d’impuissance, le comédien dévoile la fragilité, la force, l’angoisse, la peur et la procrastination de l’artiste. Comme s’il était lui. La confusion entre les personnages est telle qu’on en oublierait presque que derrière Kafka, il y a un comédien qui joue. Dans ce rôle viscéralement habité, Sébastien Desjours apporte à la pièce une remarquable densité.

D’une étrangeté envoûtante, Le Bal de Kafka permet une meilleure compréhension du monde abracadabrantesque et anxieux de l’écrivain à travers l’évocation de différents thèmes : famille, femmes et écriture.

Cécile STROUK (Paris)

Le Bal de Kafka
Auteur : Timothy Daly
Metteur en scène : Isabelle Starkier
Traduction : Michel Lederer
Interprétation : Sébastien Desjours, Anne le Guernec, Anne Mauberret, Erika Vandelet, Philippe Millat-Carus
Décors : Jean-Pierre Benzekri
Costumes : Anne Bothuon
Masques : Nicole Princet

Au théâtre de l’Opprimé, à Paris, du 13 février au 23 mars, le mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 20h30 et le dimanche à 17h




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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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