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Festival d'Avignon

7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 09:06
EN RIRE DE PEUR D'ÊTRE OBLIGÉ D'EN PLEURER ?

Philippe Adrien propose « sa » Mouette et fait du chef d’œuvre de Tchékhov un spectacle grandiose que possèdent à la perfection onze comédiens habités par leur rôle.


« Symbolisme de camelote », « Pourquoi ne se contente-t-il pas d’écrire des nouvelles ? » « C’est une insulte de monter une pièce pareille ». Octobre 1896. Tchekhov vient d’essuyer le plus mémorable four de l’histoire du théâtre russe. Enfoncé par le public, il le sera aussi par ses pairs. Ainsi Tolstoï dira : « L’auteur a amassé là des éléments sans liens et à quelle fins, on ne le sait pas. (…) La Mouette est une très mauvaise pièce ».

lamouette.jpg

Mystère insondable des planches, la seconde représentation fut un succès. Remontée quelques mois plus tard, elle fit un triomphe fracassant, démentant les propos même de l’auteur qui affirmait en 1895 et 1896 « J’ai commencé ma pièce forte et je l’ai terminée pianissimo, au rebours de toutes les règles de l’art dramatique… (…). Je ne suis pas un dramaturge. Ne la faites lire à personne » et « Il n’en sortira rien. C’est ennuyeux, sans intérêt, cela ne peut convenir à personne. Les acteurs ne s’y intéressent pas, ce qui signifie que le public ne s’y intéressera pas non plus ». Etrange et inexplicable rançon de l’avant-gardisme…

A l’image du personnage de Treplev qui ambitionne de découvrir et d’imposer une nouvelle forme de l’art, Tchekhov révolutionne le théâtre en prônant la « non théâtralité ». Les personnages se doivent d’être simples, ordinaires, sobres. Foin de l’emphase et du théâtralement correct. Tchékhov innove. Il faut du temps pour s’y faire.

Drôle et tchékhovien

Aujourd’hui ces histoires d’actrice qui se rêve au faîte de la gloire et ne réussit qu’à s’aplatir dans la fange de la médiocrité en provoquant le suicide de celui auquel elle se refuse, d’écrivain adulé mais aigri et désabusé résonnent de modernisme, d’intemporalité. Ecouter du Tchékhov c’est se laisser bercer par une petite musique bien contemporaine à force d’être hors du temps. Le jouer est devenue une gageure. Tellement monté et remonté, que faut-il faire de plus ?

Philippe Adrien nous apporte la preuve que oui, Tchekhov mérite encore et toujours d’être joué. La mise en scène est magistralement tchékhovienne, sans artifice, avec un décor minimal et modulable en quelques secondes ; à l’image des sentiments qui déchirent ce microcosme social, qui se débat dans un parfum d’amours vouées à l’échec et de haines exacerbées de jalousie et de désillusion, Adrien nous propose « sa » Mouette. Fidèle au texte bien sûr, il va mettre l’accent sur les personnages. Onze comédiens vont envahir, envoûter l’immense scène du théâtre de la Tempête qui porte magnifiquement son nom. Adrien leur fait sortir tout. Durant presque trois heures, au son de la très belle musique composée par Jean-Marie Sénia, que les cinémélomanes connaissent bien, nous sommes au bord de ce lac dont on entendrait presque les clapotis, à vivre, à vibrer, à souffrir avec Nina, Macha et les autres,.

Mais aussi à rire avec eux. Car, oui, « La Mouette » est aussi une comédie. Grinçante, pas burlesque, mais une comédie. Une comédie de la vie. Une comédie de la mort. Les rires sont fréquents. Justifiés. C’est souvent un rire désespéré, comme peut l’être l’absurdité de la destinée humaine. Grotesque comme un coup de feu qui tue une mouette ou celui qui rate sa cible, un candidat au suicide. Un rire guère salvateur -se sauve-t-on de l’inéluctable par le rire ?- mais un rire déformant comme le miroir que nous tend cette exceptionnelle version du chef d’œuvre de Tchékhov.

Franck BORTELLE (Paris)

La Mouette d’Anton Tchekhov
Mise en scène : Philippe Adrien
Texte français : Philippe Adrien et Vladimir Ant

Avec Marguerite Biereye, Pascal Rénéric, David Johnhston, Julie Biereye, Arno Chevrier, Anne de Broca, Larissa Cholomova, Georges Bigot, Stéphane Dausse, Christophe Kourotchkine, Vladimir Ant

Scénographie : Yves Collet
Musique : Jean-Marie Sénia
Lumières : Pascal Sautelet assisté de Nadine Sarric
Costumes : Pauline Kieffer, Hanna Sjödin
Maquillage : Faustine-Léa Violleau
Collaboration artistique : Clément Poirée
Son : Stéphanie Gibert
Mouvement : Sophie Mayer
Direction technique : Martine Belloc

Théâtre de la Tempête
Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre, 75012 Paris
Réservations : 01.43.28.36.36
www.la-tempete.fr
 

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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