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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 09:20
LE REALISME A TOUT PRIX

Près d’un quart de siècle d’homosexualité évoqué à travers deux personnages et leurs confidences à bâtons rompus.  Ce qui a changé, ce qui demeure… Un texte qui sait dédramatiser sans surenchérir dans la grosse rigolade. Une mise en scène calquant parfaitement au réalisme du propos et deux comédiens épatants.


Florence et Stéphane sont amis d’enfance. Ils ont grandi dans un de ces landernaux de la bourgeoisie coincée de province, la royale ville de Pau. A l’âge de l’adolescence, cette période de toutes les découvertes et de toutes les interrogations, leur sexualité les taraude inexorablement, d’autant qu’elle ne semble guère s’orienter vers ce qu’on appelle encore la « normalité »…

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Jalonnée de repères temporels très forts parce que marqués dans nos mémoires, la ligne de ces « Confidences » joue la carte de l’absolue vérité, du réalisme tant dans le fond que la forme. Ainsi le bal est ouvert par Madonna, devenue icône gay après avoir été adulée par les hétéros lorsqu’elle apparaissait en bustier violemment érotique dans des clips reconnus masturbatoires (« Open you heart » par Mondino). Nous sommes en 1984 et si on assiste à la naissance de la nouvelle Marilyn, on apprend aussi la mort de Klaus Nomi. Mort d’une épidémie…  Un mal qui « a mis l’amour à mort » pour reprendre les mots d’une autre diva…  Ce n’est que 7 ans plus tard, avec la mort de Cyrille Collard, que l’on osera vraiment parler de cette maladie.

Et pourtant, c’est drôle !

Maladie qui n’ose dire son nom, refus de reconnaître ce qui saute aux yeux (« J’ai couché avec un garçon mais ça ne veut rien dire »), annonce de mariage pour sauver la face, homoparentalité totalement inenvisageable (en 1994), séropositivité, naissance des associations, PACS, problèmes de régularisation pour conjoints non européens : autant de sujets vont être abordés dans ce texte brillant, espiègle et pertinent qui laisse très souvent la part belle à l’humour, parfois grinçant. On ne franchit toutefois jamais la limite du graveleux et encore moins celle de la grosse cavalcade. Le message se glisse en filigrane mais avec l’aplomb suffisant pour passer, fort et clair.
Beaucoup de désillusions aussi hantent le propos. Ces désillusions où se noient les rêves de l’enfance et ces résignations qui en découlent. Qui n’a pas rêvé de son nom en haut de l’affiche à cet âge qu’on dit ingrat mais où pourtant tout est permis ?

C’est finalement en décrivant deux personnages à tous les autres pareils que Florence d’Azémar en montre les plus belles différences. Certes, elle ne brandit pas le drapeau « Gay is beautiful » car le texte vise avant tout la difficulté d’être homo sur presque trois décennies, mais elle fait de ses deux personnages des êtres profondément attachants, drôles et bourrés d’auto-dérision. Deux êtres dont la difficulté de vivre et d’aimer rejoint celle de tous.  En ce sens, le réalisme est total. Il est par ailleurs relayé par une mise en scène à l’avenant. Les personnages sont comme interviewés, évoquant leur histoire avant de la jouer au cours d’une courte saynète et ainsi de suite, au fil des années qui passent. La performance des comédiens pour suivre un tel rythme très fragmenté, est totale et la chaleur qu’ils apportent à leur personnage est pour beaucoup dans le plaisir réel que l’on prend à suivre leur parcours.

Franck BORTELLE (Paris)

Confidences, de Florence d’Azémar
Mise en scène : Emmanuel de Sablet

Avec Florence d’Azémar et Stéphane Douret

Théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, 75008 Paris
Du mardi au samedi à 19 heures
Durée : 1h15

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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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commentaires

BRAVO 01/04/2008 13:47

Bravo à M. Botrelle d'avoir su trouver les mots pour exprimer ce que j'ai ressenti en voyant cette excellente pièce, sensible et drôle, qui permet d'aller plus loin dans la réflexion... au-delà des clichés vus et revus sur ce sujet.Bravo surtout au naturel des acteurs, à Florence d'Azémar l'écrivaine et la comédienne, et à cette mise en scène très originale qui déstabilise pour mieux faire plonger dans les confidences. M.J.A.

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