LA CONTEUSE AUX PIEDS NUS
Une comédienne. Dix personnages. Myriam Boudenia, en partant d’un conte algérien de son enfance, tire les ficelles d’un spectacle ludique et drôle, tendre et cruel. Le charme
agit…
Bouchouka sillonne une route. Soudain, la tuile. Ou plutôt l’épine. Ce sont des choses qui arrivent quand on se promène sans chaussure. Ce petit bout de bois mal placé est le départ d’un voyage
initiatique au cours duquel Bouchouka va croiser la route de drôle de zigues…

Pendant son enfance, Myriam Boudenia a écouté son père lui raconter une histoire inspirée d’un conte algérien dans lequel un va-nu-pieds opportuniste et sans scrupule trace à partir d’une épine
sous la voute plantaire une route tortueuse et pleine de rencontres inattendues. De cette base, elle a tissé un spectacle qui respecte la forme du conte. Elle y entremêle quelques interventions
du conteur (ou plutôt de la conteuse). Double niveau de narration donc auquel il faut ajouter des personnages à foison que la comédienne interprète seule. La performance mérite à elle seule le
déplacement.
Un charme atypique
Mais à cette belle aisance à se fondre aussi rapidement dans des rôles aussi différents s’ajoute une mise en scène terriblement captivante. Certes, le propos peut sembler parfois un peu abscons
parce que dématérialisé d’une certaine réalité quotidienne, mais jamais le spectateur n’est largué. Il a plutôt tout loisir de laisser vagabonder son imagination, au fil des nombreuses surprises
que réserve cette mise en scène inventive qui emprunte au théâtre de marionnettes, à la danse et même au cirque quelques figures fort drôles. Ainsi, le décor que la comédienne, par un astucieux
et malicieux jeu de cordes actionnées par des poulies, module au gré de sa fantaisie pour distiller quelques informations, confère à ce spectacle l’atypisme qui en fait le charme.
Tout se joue dans la suggestion. Un seau « incarne » une marmite, un masque ou une poupée au bout d’un doigt suggèrent un personnage, des cordes défilent au rythme du temps qui passe. De même, le
texte, tout en symboles nous rappelle de manière sibylline que l’on passe notre vie à tomber sur des épines, même chaussé des meilleures godasses et qu’il faut savoir s’en prémunir ou s’en
défaire, parfois en payant, parfois en faisant payer le prix fort, sans concession, sans état d’âme. Même si l’allégorie lui permet d’adoucir le propos, Myriam Boudénia nous renvoie bien à cette
cruauté inévitable de l’homme. Mais elle le fait avec décalage et poésie et c’est bien ça qui change tout…
Franck BORTELLE (Paris)
L’Épine, la fille et le truand de Myriam Boudenia
Mise en scène et interprétation : Myriam Boudenia
Assistante à la mise en scène : Tiphaine Sintès
Assistant et régie plateau : Jonathan Wable
Création lumière : Amélie Verjat
Musique originale : Michel Alexandre et François Thollot
Depuis le 29 février 2008
Manufacture des Abesses, 7 rue Véron, 75018 Paris
Tel : 01 42 33 42 03
www.manufacturedesabesses.com
A partir du 23 avril 2008
Théâtre de l’Elysée, 14 rue Basse-Combalot, 69007 Lyon
Tel : 04 78 58 88 25
www.lelysee.com
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