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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 10:10
MARCHE ALÉATOIRE D'UNE HUMANITÉ FÉBRILE

Durant cinq soirées – du 4 au 8 mars -  les spectateurs du Théâtre Gyptis ont pu se balader sur les chemins tracés par les comédiens de Ceux qui partent à l’aventure, une pièce de Noëlle Renaude. Un voyage introspectif pour un véritable regard inquisiteur sur la société sous forme de balade du dimanche…


Extravagant est certainement le qualificatif qui vient à l’esprit dès les premières minutes de spectacle ! Bizarrerie de ces quatre personnages un peu fous, tous vêtus de rouge, dont les prénoms, les nationalités et le sexe changent sans cesse ; étrangeté de ce décor perdu entre réel et imaginaire ; et excentricité des sujets abordés par les protagonistes lors de ce qui s’avère être une balade entre amis.

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Les questions soulevées par les conversations s’enchevêtrent avec des réflexions éparses : « Comment devait être ce lieu avant ? », « N’est pas moderne ce qui est forcément d’aujourd’hui », « Rien ne peut plus vous émouvoir aujourd’hui, n’est-ce pas ? ». Un peu surréaliste et décousu que ce dialogue pourtant enlevé, dynamique et impulsif. Quoiqu’il en soit, d’interrogations en badineries en passant par de nombreux accrochages où les noms d’oiseaux fusent, le quatuor glisse progressivement vers une ambiance plus sombre. Une atmosphère qui atteint son paroxysme lorsque l’un d’entre eux évoque la disparition d’un jeune homme, ici même. Est-il mort ? A-t’il fui ? S’est-il suicidé ? Nul ne sait, mais personne n’est véritablement ému. La curiosité suscitée par l’affaire est de l’ordre du commérage bien plus que de l’affect ou de l’inquiétude. Etrange conséquence d’une banalisation de l’horreur offerte par la télévision.

Telle une mise en abyme littéraire, les quatre comédiens se mettent alors à jouer l’histoire présumée du disparu, intercalant tour à tour leurs rôles dans une maitrise implacable. Le jeune homme, essuyant un échec en tant qu’entrepreneur, s’est vu fermer toutes les portes auxquelles il a frappé pour obtenir de l’aide, des parents jusqu’aux amis. Aussi, s’est-il par la suite évaporé dans la nature, contraint au repli… Icône d’une société guidée par le capitalisme et l’esprit d’entreprise qui n’accepte plus l’échec, le malheureux est une de ces victimes de la maxime « Prudence et tirelire », édictée par son père dans la pièce. « Le monde est un paradis et un enfer [...] Il ne faudrait connaître du monde que sa représentation »…

Une pièce (dé)montée qui déballe

Noëlle Renaude signe ici un texte aux apparences drolatiques et légères. Un théâtre poétique et tendre, profondément ancré dans l’humain. Pourtant, sous ses allures cocasses de simple fiction, la pièce nous entraine vers de réelles questions de sociétés. Les changements constants d’identité des comédiens interrogent la valeur sociétale du prénom, que représente t-il de ce que nous sommes réellement ? L’exemple de la pelouse, prouesse jardinière de l’homme moderne, questionne le rapport homme/nature ; le rouge dominant symbolise ces diables qui s’ignorent ; « Il a fumé, il a clamsé » fait référence aux libertés personnelles ; et « On se gave, tellement l’époque est dramatique » renvoit au rapport devenu parfois complexe avec la nourriture.

Autant de thèmes d’actualité qui font, pour l’auteure, que « tout sent l’urine aujourd’hui ». Urine, cet anagramme de ruine et de nuire ! Parée de tels mots, la pièce aurait pu être noire, ténébreuse, mais elle évite le pathos par l’humour. La pièce est une prouesse dans le texte et la mise en scène. Renaud-Marie Leblanc a réussi à articuler de  nombreuses digressions et enchevêtrements de fictions et de lieux sans perdre le spectateur, dans une pièce (dé)montée au texte faussement déstructuré. La mise en scène sert parfaitement un jeu d’acteur tout en maitrise et efficacité, où les diatribes effrénées n’entament en rien leur excellente élocution. Les corps des comédiens et les dessins utilisés comme autres langages accompagnent et intensifient les propos.

Valse immodérée de mouvements et de mots, Ceux qui partent à l’aventure captive, kidnappe et semble sans fin, sans jamais lasser. Même dans l’ombre finale de la scène, lorsque le rideau s’apprête à retomber, les dialogues continuent. Les incertitudes d’une société en marche frénétique ne sont pas prêtes de s’arrêter, même au-delà de la pénombre…

Muriel TANCREZ (Marseille)

Ceux qui partent à l’aventure
Ecriture et conception : Noëlle Renaude
Mise en scène : Renaud Marie Leblanc, assisté de Josiane Ferrara
Scénographie : Olivier Thomas

Costumes : Julien Silvéréano
Lumières : Erwann Collet
Interprétation : Olivier Barrère, Stéphanie Fatout, Jan Peters et Olivier Veillon
Production: Didascalies and Co
Coproduction : Théâtre Gyptis, Théâtre Dracénie et Théâtre d’Arles

Théâtre Gyptis
136, rue Loubon
13003 Marseille
Billetterie : 04 91 11 00 91
www.theatregyptis.com
theatregyptis@theatregyptis.com
Au Théâtre Gyptis du 04 au 08 mars 2008

Photo © DR

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Published by Muriel TANCREZ - dans En Région 2007-08
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