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Festival d'Avignon

23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 10:08
VERSION COLORISÉE

"L'indifférence est une paralysie de l'âme", disait Tchekhov. Indifférent, il ne l'était pas avec ses contemporains qu'il dépeint aux prises avec les aléas de l'histoire et d'une société en mutation, mais surtout avec leurs doutes et leurs états d'âmes.

Le metteur en scène Didier Carette poursuit en compagnie d’Olivier Jeannelle le travail initié sur Un tramway nommé désir. Plus qu’une énième adaptation de la Cerisaie, l’occasion lui est donnée, de réinvestir les thèmes qui lui sont chers autour de l’exil, la nostalgie, le déclin d’une grande famille, ce qu’il nomme «  Les déchirures de l’histoire ».
La comédienne Marie-Christine Colomb qui incarnait avec brio Blanche chez Tennessee Williams, poursuit cette même veine en interprétant le personnage de Liobov Andreevna, femme à la fois fatale et charismatique au destin tragique.

Retour vers le passé

Après une longue absence à l’étranger, sur les traces de son amant et pour tenter d’exorciser la douleur de la noyade de son jeune enfant, Liobov revient auprès des siens. Elle contemple les délicates fleurs de cerisier et se perd dans une rêverie éveillée sur le temps écoulé. Les dettes accumulées menacent la demeure familiale. Elle et son frère refusent cette réalité. La cerisaie, fleuron de la propriété, cristallise l’attachement des uns et des autres à cette terre qui les a vus naître et qui aujourd’hui semble leur échapper. La famille, les esclaves affranchis, le vagabond, les voisins, tous ceux qui gravitent autour de la propriété ancestrale ont leur mot à dire dessus. Maîtres et moujiks cohabitent pourtant sans se comprendre, chacun se bat avec sa propre solitude, quel que soit le milieu social dont il est issu. 

La scénographie s’articule autour de cette cerisaie, point de focalisation des personnages. Tout se joue à l’avant-scène, qui constitue le meilleur point de vue sur la propriété. La cerisaie n’est jamais aussi visible que depuis « de la chambre des enfants ». Enfants qui ont grandi ou qui ne sont plus : la blancheur printanière des arbres, éblouissante, va bientôt s'éteindre et sonne déjà comme un regret, celui d'une pureté et innocence originelles rêvées.

Quand Anton Tchekhov, fils de marchand, lui-même petit-fils de serf, comme son personnage Lopakhine, fait parler l'éternel étudiant qui préfigure symboliquement l'avènement du communisme, il souligne également l'aridité de son combat. Au final, il ne prend partie pour personne : négligence frivole et quasi-criminelle des maîtres, soif de revanche dévastatrice de l'ancien moujik devenu maître par son accession à la propriété... Seuls les sentiments, les vices mais aussi les faiblesses simplement humaines  intéressent le dramaturge, avec des propos jamais surannés, à croire que le temps n'a pas d’emprise !

La dernière œuvre de Tchekhov

Cette nouvelle mise en scène redonne à l'œuvre sa portée. Didier Carette et Olivier Jeannelle s'attaquent au monument littéraire sans le dénaturer. Les jeux de scène très contemporains, les lumières rouges, les éclats de rire, peuvent déranger si l’on s’attache à une vision classique d’une œuvre tant de fois revisitée. Pourtant, loin des mises en scènes figées, de l'univers de glace, caractérisé par la blancheur et l'attente angoissées, déjà vues ça et là, les comédiens rendent à l'histoire sa vivacité, pétrie de sentiments exacerbés, souffrances ou renoncements ordinaires, avec ses accents de tragi-comédie. La blancheur perdue d'avance de la cerisaie, c'est dans le regard des comédiens que le public la voit, l'imagine.

Face à la difficulté de communiquer, lourde de non-dits, la complicité qui unit cette petite communauté, même dans ses tensions et rivalités, est palpable. Sans doute l'alchimie d'une troupe dont le « noyau dur » a l'habitude de travailler ensemble. Jusqu'aux deux metteurs en scène qui se retrouvent également sur le plateau puisque Olivier Jeannelle interprète le rôle de Lopakhine et Didier Carette a repris le rôle de Gaev, frère de Lioubov (que jouait initialement Régis Goudot ; suite à un accident quinze jours avant la première) après avoir joué le rôle de Pitchik en 1992, aux côtés de Marie-Christine Barrault, dans une mise en scène de Jacques Rosner de facture beaucoup plus classique. Il semble en tout cas que se fait jour ici pleinement la volonté affichée par le groupe Ex-abrupto de « rendre la polyphonie d'une œuvre, ne pas en trahir les contradictions, les mélanges de rythmes et de genres, mais au contraire les révéler comme facteurs identitaires de l'humain ».

Bernadette POURQUIÉ (Toulouse)

La Cerisaie
Texte : Anton Tchekhov (1904)
Traduction et adaptation : Didier Carette
Interprétation : Marie-Christine Colomb, Dominique Delavigne, Marie Dompnier, Antoine Fleury, Georges Gaillard, Régis Goudot, Olivier Jeannelle, Victor Lenoble, Aurélie Leroux, Victoria Manley, Anne Pintureau, Laurent Perez
Mise en scène : Didier Carette et Olivier Jeannelle
Assistante à la mise en scène : Hélène Mavel
Création musicale : Charlotte Castellat et Stanislas Michalski
Scénographie, décor : Catherine Blanc, Jean Castellat, Yvon Aubinel
Costumes : Brigitte Tribouilloy
Création lumière : Alain Le Nouëne
Régie son : Richard Granet

Coproduction : Caligari Productions – Groupe Ex-abrupto

Au Théâtre Sorano, du 11 au 29 mars  2008 (relâche les 22 et 23 mars)
35, allées Jules Guesde
31000 Toulouse
(réservations au 05 34 31 67 16 ou billetterie.sorano@free.fr)
http://www.theatresorano.com/

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Published by Bernadette POURQUIÉ - dans En Région 2007-08
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