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Festival d'Avignon

24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 16:39
UNE DISPUTE ENTRE TENSION ET PASSION

D’abord téléfilm, puis livre et enfin pièce, « La Controverse de Valladolid » de Jean-Claude Carrière, qu’on ne présente plus, ne cesse d’intéresser les artistes.  L’association « Les Théâtr’Ailes », fondée en 2007 par le metteur en scène Eric Borgella, la met en scène. Une adaptation captivante.

Vers 1550, suite à la vive réprobation du Pape Paul III face à l’attitude barbare des conquistadors espagnols envoyés par Charles Quint face aux Indiens, l’Eglise décide d’organiser une « dispute » entre deux partis opposants afin de trancher cette douloureuse  question sur le statut de ces autochtones. Sont-ils, comme les Chrétiens, des hommes libres et égaux ? Le Cardinal Roncieri est envoyé à Valladolid, ville du nord de l’Espagne, pour trouver une réponse à ce problème.

Eric Borgella, metteur en scène et fondateur des Théâtr’Ailes, a choisi, pour suggérer l’intensité croissante de cette pièce polémique, une confrontation entre les trois piliers de ce combat : la défense, l’accusation et le juge.

Controverse-de-Valladolid.jpg
A gauche, de profil, à son bureau garni d’un drap de velours rouge et du texte de son plaidoyer, le dominicain Bartholomé de Las Casas. Humaniste et ancien évêque au Mexique, ayant connu les traitements infligés aux Indiens, il incarne la défense de ce peuple opprimé. Philippe Pierrard, qui interprète cette figure juste, est poignant dans ce rôle de plaidant face à un auditoire réticent. Sa voix, au départ posée et raisonnable, prend progressivement une intonation vibrante qui donne à son personnage une émotion réelle. Seul face à ces personnes, il doit essuyer de bien déstabilisantes questions. Trop emporté, il passe pour fou et irraisonné. Cette frustration de l’homme qui sait être juste mais qui gâche cette justice par des apparences agitées est visible sur le visage de ce comédien, très investi dans son rôle.

Face à lui, à droite de la scène, le professeur et rhétoricien Gines de Sépulvéda, fervent aristotélicien et fidèle de l’Eglise. Loin de la vision empirique de Las Casas, Sépulvéda, dont la connaissance des choses est exclusivement livresque, soutient que les Indiens, nés esclaves, sont des créatures inférieures. Bien que basées sur aucune preuve, ces idées sont partagées par le plus grand nombre.  Jean-Pierre Billaud est très convaincant dans ce rôle difficile d’homme aveuglé et entêté dans sa bêtise spirituelle. Utilisant fréquemment l’espace scénique, il arrive à muer son personnage en monstre, ridicule et duplice mais non dépourvu de doutes.

Un juge vacillant


Parmi ces hommes érudits, il y a ce Légat, un cardinal austère accompagné de son très doucereux supérieur, interprété par un Massimiliano Verardi discret mais efficace (même si son fort accent nuit parfois à la compréhension de son texte).

De par son statut, le cardinal occupe une position centrale et surélevée incarnée par une chaise pontificale. Au départ très flegmatique, confiant et patient, il prête une oreille attentive sur ce qui est dit. Pourtant, à mesure que l’argumentation avance, que les idées se heurtent, le cardinal commence à perdre pied. Vincent Duviau, qui incarne ce messager du Pape, parvient subtilement à faire passer l’hésitation intérieure de cet homme dont les idées évoluent avec le discours persuasif de Las Casas. A travers des emportements qui se traduisent par une nervosité visible, Vincent Duviau permet d’humaniser cette instance religieuse complexe qui cherchera, tel un juge acharné, à discerner l’hypocrisie de la sincérité, le sophisme de la vérité.

A travers cette adaptation de « La Controverse de Valladolid », menée par des comédiens habités et une mise en scène à la fois sombre et lumineuse, Eric Borgella signe une belle réussite théâtrale.

Cécile STROUK (Paris)

La Controverse de Valladolid
Auteur : Jean-Claude Carrière
Metteur en scène : Eric Borgella
Interprétation : Philippe Pierrard, Georges d'Audignon, Vincent Duviau, Massimiliano Verardi, Jean-Pierre Billaud, Tito Diez, Laurianne Aguiiléra
Costumes : Judith hüsch

Au théâtre de Ménilmontant, du 11 mars au 10 avril 2008 à 20h30 (le mardi, mercredi, jeudi)
Réservation : 01 46 36 98 60

Photo © DR



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Published by Cécile STROUK - dans À Paris 2007-08
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