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Festival d'Avignon

24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 18:00
DEUX HOMMES ET UNE FEMME EN COLÈRE

Le directeur du théâtre du Rond-Point ressort de ses innombrables cartons une pièce montée en 1983 par lui-même et son ami, aujourd’hui disparu Roland Topor. Un petit bijou littéraire, une kyrielle de joutes verbales aussi cocasses que politiques.


Roland Topor. Un touche à tout, diraient certains. C’est un peu vague. Illustrateur pour Hara-kiri, écrivain (le Locataire adapté au cinéma par Roman Polanski), cinéaste, homme de théâtre, de télévision (Palace)… Et aussi un épicurien de la première heure. Un farceur devant l’éternel, toujours prêt à jouer les trublions  pour amuser la galerie ! Jean-Michel Ribes le rencontra chez leur ami commun, Fernando Arrabal. Partageant tous deux ce même goût pour les univers dadaïstes et surréalistes, les deux auteurs se reconnaissent, s’associent. La série Palace avec Philippe Khorsand, récemment décédé, fut leur travail le plus connu. Batailles en est une, qu’ils se livrèrent entre eux. Une co-écriture qui commence comme un cadavre exquis : Ribes écrit Bataille navale, Topor lui répond avec Bataille au sommet, Ribes rétorque avec Ultime bataille et Topor de finir avec Bataille intime, enfin les deux écrivent, ensemble, Bataille dans les Yvelines, la plus aboutie des saynètes.

Batailles3-BrigitteEnguerand.jpg
Sur scène, un décor chaotique accompagne ce ping-pong verbal. Et la scénographie décousue réussit à générer un véritable tumulte qui traduit à merveille la psychologie alambiquée et sans cesse évolutive des personnages. Chaque rencontre se situe en pleine nature : sur un radeau en pleine mer, sur une montagne, dans un jardin de campagne. La nature transcende autant qu’elle démunie l’homme et face à elle, il n’a souvent pas d’autre refuge que d’être lui-même. Mais, derrière l’apparente abstraction du discours se cachent des vérités pas toujours faciles à entendre. L’humain en prend pour son grade. Les auteurs, comme des légistes appliqués, y dissèquent l’Homme avec tact.

Deux acteurs pour une actrice…


Sur scène, les acteurs s’amusent. Pierre Arditi exulte dans le rôle du grandiloquent sans les excès dont on le sait capable. Il joue la démesure dans la mesure. Il faut dire que le flegme et la justesse de ton de son partenaire François Berléand ont de quoi désamorcer. Quant à Tonie Marshall, elle apparaît tel un intermède publicitaire toujours aussi placide et platine derrière son petit théâtre mobile. Et chacune de ses apparitions illumine les visages des spectateurs, littéralement pendus à ses lèvres, prêts à déverser des salves de rire. La sylphide a de quoi s’enorgueillir : outre l’impeccabilité de sa silhouette, elle conserve ce visage posé, impassible, capable de débiter des propos saugrenus sans la moindre gêne grâce à un humour noir et pince sans rire.

Toutefois, dans la saynète finale, le trio enfin réuni ne parvient pas à donner la pleine mesure de ses possibilités. La direction d’acteurs manque d’inventivité, reste conformiste, ne reposant que sur le talent incontestable des interprètes. Ces derniers remplissent si parfaitement leurs rôles qu’ils nous rendent exigeants et les voir s’aventurer sur des terrains plus glissants aurait été de bon augure.

Ce travail fort plaisant ravive nos mémoires passablement embuées par la médiocrité environnante et l’absence de discours politique. Où sont passés les artistes de cette trempe ? Mille mercis à Jean-Michel Ribes ! Qu’il poursuive son travail de subversion, toujours à la frontière des genres et nous rappelle l’existence de ces grands hommes, car non seulement, la postérité ne doit jamais les oublier, mais en bons éclaireurs, qu’ils sont, ils nous guident. A nous maintenant d’être à leur hauteur…

Maïa ARNAULD (Paris)

De Roland Topor et Jean-Michel Ribes
Publié chez Actes Sud-Papiers
Mise en scène Jean-Michel Ribes
Avec Pierre Arditi, François Berléand, Tonie Marshall
Décor Jean-Marc Stehlé assisté de Audrey Vuong
Costumes Juliette Chanaud
Lumières Hervé Gary
Assistante à la mise en scène Camille Kiejman
Production Théâtre du Rond-Point, Félix Ascot, Pascal Legros Productions

Théâtre du Rond-Point
2bis avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris
Du 20 février 2008 au 24 avril 2008
Réservations au 01 44 95 98 21



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Published by Maia ARNAULD - dans À Paris 2007-08
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