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Festival d'Avignon

24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 22:40
VOYAGE AU BOUT DE LA LITTÉRATURE

Adaptation de « Entretiens avec le professeur Y » - court pamphlet publié en 1955 – cette pièce se veut une parodie des entretiens littéraires de  Louis-Ferdinand Céline, auteur dont la plume demeure l'une des plus controversées de notre temps.


Par l’intermédiaire de Ferdinand, personnage para-autobiographique, protagoniste et narrateur des romans céliniens, nous assistons à un amalgame de réel et de fiction,  sorte de jeu compensateur  dans lequel l’auteur soustrait et ajoute à son expérience des anecdotes et des aventures inventées, en créant la célèbre marque qui caractérise son style.

Parfaitement à l’aise dans ce rôle, c’est  Roland Farrugia qui prête sa figure à Ferdinand, auteur attaqué et critiqué par ses prises de position personnelles. Convaincu d’être boycotté par le monde littéraire et maltraité par son propre éditeur – un Gallimard plus souvent révélé que caché -  Céline imagine que ce dernier lui a demandé d’écrire un livre-interview, selon les méthodes publicitaires actuelles.  Après des hésitations sur le choix de l’interlocuteur, il jette son dévolu sur  le professeur Y, homme médiocre et écrivain de romans « chromos », c'est-à-dire très conventionnels et qui manquent de valeur artistiques – selon les goûts du public -  bien interprété par l’acteur de genre  Marcel Philippot.

Rendez-vous sur un quai de métro. Les deux personnages ne cachent pas leur hostilité réciproque mais, une fois trouvé un point de contact, le protagoniste n’a pas de difficulté à manipuler l’interview et à la transformer en un soliloque frénétique où, parmi des déclarations de haine et de non-appartenance à un système auquel parfois il semble aspirer, il revendique l’invention d'un «petit truc», l’introduction de l’émotion dans le langage écrit, qu’il voit  comme la seule voie d’affranchissement et de régénération de la littérature.

Le style «rendu émotif»

Ferdinand assume la  responsabilité de ce qu’il considère comme une invention capable de bouleverser le genre romanesque, le style «rendu émotif », qu’il crée par l'utilisation de phrases courtes, exclamatives, jouant avec des rythmes syncopés et des sonorités tout en onomatopées, avec un vocabulaire à la fois argotique et scientifique.  «L'émotion ne peut être captée et transcrite qu'à travers le langage parlé... le souvenir du langage parlé! ». Conçue pour exprimer et provoquer l'émotion, cette technique d'écriture exprime aussi la haine de l’auteur envers le monde moderne et le public.

Insérés dans ce lieu anonyme et impersonnel, rendu avec simplicité par le scénographe Pascal Chatton, les deux personnages ne prennent pas le train de la vie en marche. Ils le regardent de l’extérieur et ne se laissent emporter que par le flot des mots.

Œuvre parmi les moins connues de Céline, « Entretiens avec le Professeur Y » offre grâce à  l’adaptation d’Igor Futterer, un spectacle bien structuré, dont la mise en scène dépouillée se met au service du texte et  confère à la pièce une dimension grotesque. En transposant sur scène la tension croissante entre les deux personnages qui séduisent et dégoûtent à la fois, le pamphlet piquant devient une comédie satirique, qui fait même sourire et satisfait ce public tant critiqué par l’auteur. 

Cristina BARBATO (Milan)

La Nord-Sud
Texte : « Entretien avec le professeur Y » de Louis-Ferdinand Céline (Gallimard, 1955)
Adaptation et mise en scène : Igor Futterer
Interprétation : Roland Farrugia, Marcel Philippot, Karine Delgado
Costumes : Laure Villemer
Décor : Pascal Chatton
Production : Tête De Gondole

Au Théâtre Clavel du 15 janvier au 12 avril 2008.
3, Rue Clavel
75019 Paris
01 42 38 22 58




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Published by Cristina BARBATO - dans À Paris 2007-08
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