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Festival d'Avignon

26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 23:11
DIABOLO INTELLO

"Gravé pour toujours"… (juillet 2007), maintenant aussi en français ! On attendait beaucoup de la version française du spectacle des Flamands Guy Cassiers et Tom Lanoye, chaleureusement accueilli lors de sa présentation au Festival d'Avignon 2007. Alors, que s'est-il donc passé lors de cette "translation" … car disons-le d'emblée, ce volet qui précède "Wolfkers" dans la trilogie prévue par l'auteur ne nous a pas paru à sa hauteur. "Librement adapté de l'œuvre (écrite en 1936 !) de l'Allemand Klaus Mann" par Tom Lanoye, d'abord en néerlandais, puis traduite en français par Alain van Crugten, elle est mise en scène par Elvire Brison pour sa création au Théâtre des Martyrs avec plus d'emphase que de réelle sensibilité.  


Quel rapport l'art doit-il entretenir avec la politique ? Cultiver l'art… du compromis ou s'abandonner à la compromission, à la lâcheté…Tel est le thème fort de l'œuvre, fort comme l'était celui des dérives du Pouvoir dans "Wolfkers". De pouvoir, et de politique, il est question encore avec "Mephisto for ever". Mais n'est pas Guy Cassiers qui veut, qui  manie depuis longtemps et maîtrise parfaitement les procédés technologiques… en artiste plasticien qu'il est aussi et avant tout. De même, l'acteur-fétiche de la metteure en scène Elvire Brison, Angelo Bison, n'a pas paru à la hauteur du personnage principal, ce Kurt Köpler, grand acteur que l'auteur nous vante à plusieurs reprises (1), ambitieux et charismatique (ce qu'on appelle "immense acteur"ou "monstre sacré"), avec ses côtés négatifs, soulevant foules et générations. A moins qu'il ne s'agisse d'un décalage entre les effets grandiloquents et redondants de la mise en scène et le jeu de l'acteur, que l'on connaît tout en finesse ?

MEPHISTOIMG_9295.jpg
C'est ainsi que, par exemple, nous aurons droit à un interminable discours du nazi, en dix points, éloquent quant au fond démentiel mais orchestré de manière telle qu'il en devient inaudible, assourdissant pour les oreilles, et les yeux. On percevra des cris "in live", on apercevra une forme vague, et on ne comprendra que plus tard, après cette longue séquence, qu'on venait d'assister à l'errance, la panique et la chute finale de Mutti Hilda, la mère du héros - très juste Janine Godinas - seul personnage à consistance humaine (une chute qui aurait pu symboliser aussi, l'agonie du régime collabo en même temps que celle du régime totalitaire qui l'inspirait ?).
On retiendra aussi le (double) jeu de Stéphane Excoffier en Rebecca Füchs, la juive et Linda Lindenhoff, la protégée allemande d'un ministre de la Culture nommé "Le Gros"/ Bernard Sens, faisant étonnamment penser physiquement à un certain criminel nazi parmi les plus odieux. Par le biais de ce personnage qui arrive à s'impliquer de plus en plus dans la gestion contrôlée du théâtre au point d'y donner directives et conseils de jeu, à jouer lui-même une scène… se pose une autre question, plus actuelle encore : médiatisation, théâtralisation de la politique…qui donc fait le plus "son cinéma", le politicien ou l'artiste ?

Avec "Méphisto for ever", les "gens de théâtre" seront aux anges, gavés d'extraits des plus grandes œuvres du répertoire ayant abordé le thème du rapport de l'humain au pouvoir… Normal, dira-t-on puisque cela se passe dans un théâtre en cours de répétitions, de saison en saison. Disons-le tout net, dans cette version française, la pièce devient "pièce d'intello pour intellos". Le thème de l'artiste déchiré entre son art/son ambition, son devoir/ sa conscience… a été abordé ailleurs de manière plus conventionnelle et moins "cultivée" certes, mais avec davantage de simplicité le propos touchait davantage…

Suzane VANINA (Bruxelles)

1) C'est l'acteur Gustaf Grüngens, sa carrière dans l'Allemagne nazie, qui aurait inspiré ce personnage.

Texte : Paul Lanoye d'après Klaus Mann - Traduction française de Alain Van Crutgen
Mise en scène : Elvire Brison
Scénographie : Philippe Hekkers - Installation vidéo : Vincent Pinckaers
Interprétation : Angelo Bison, John Dobrynine, Itsik Elbaz, Stephane Excoffier, Janine Godinas, Andréa Hannecart, Erik Sainte, Bernard Sens
Lumière : Marc Lhommel
Univers sonore : Aliocha Van der Avoort
Costumes : Myriam Deldime

Production Théâtre du Sygne au Théâtre des Martyrs - Du 4 au 29.03.2008, 20 h 15 (Mardi, 19 h/Dim 9 et 16, 16 h)- Tél : +32(0)2.223.32.08 – www.europictures.com/martyrs - theatre.martyrs@busmail.net – theatredusygne@hotmail.com - www.theatredusygne.be -

Crédits photos : Dominique Breda

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Published by Suzane VANINA - dans En Europe 2007-08
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