MONOLOGUES DE CORPS NUS
"Eh bien oui, oui, je pose. A poil, je pose. Quand je voyage, sur les cartes d'immigration, à profession j'écris : poseur". Vu, ou plutôt aperçu quelques jours, la saison 2006-2007 (1)
puis repris et recréé… voici "Modèles Vivants" de Jérôme Duqué au "Théâtre du Nouveau Méridien". Alors qu'il est actif depuis plusieurs années dans l'animation théâtrale en divers milieux, c'est
le premier de ses textes porté à la scène.
Le titre l'indique, ce sont des personnes qui font profession de modèles vivants pour dessinateurs en herbe dans les écoles ou pour artistes chevronnés dans les ateliers qui vont nous parler
d'elles et de ce qu'elles font. Ne pas confondre "effeuillage" et "dévoilage" ! Il y a des maladies dites "orphelines" parce que rares et peu connues, il y a des "professions orphelines", de
celles entachées de tabou dont on ne parle pas et dont on ignore la réalité.
Pudeur et nudité : pourquoi les opposer ?
Avec provocation, défi, ou en confession timide ou tardive, un "poseur" et-fier-de-l'être, trois "poseuses" moins revendicatrices, quatre "modèles vivants" donc, vont se succéder dans une mise en
scène minimale de Guillaume Istace, qui en fait plutôt la
succession de quatre récits contés, quatre témoignages du vécu de modèle. On pourrait facilement les isoler, chacun/e se
livrant sous le regard bienveillant des trois autres mais sans participation active, sauf à la fin pour un déshabillage/rhabillage collectif un peu gratuit. Un seul nous montrera réellement cette
nudité qui causa tant de souci, Cédric Juliens, avec aplomb et une parfaite décontraction, alors que les spectateurs emmitouflés entrent dans la salle. Il ne nous parlera pas de "servir de
modèle", à connotation passive, mais de "l'art" difficile et créatif, de poser nu, qu'il entend bien affirmer comme art au même titre que le dessin (ou comme l'écriture qui parfois, dévoile si
bien l'écrivain, le conteur, le dramaturge).
Ne seront pas abordés de front, par exemple, la question de la pudeur érigée en vertu ou le fait que se montrer "dans le plus simple appareil" est loin d'être simple pour la plupart des gens…
C'est au travers des récits de trois femmes, de la plus jeune, Daphné D'heur, à qui se montrer nue demandera un considérable effort, jusqu'à la plus âgée, Monique Fluzin, qui n'y viendra que
lentement, que l'on pourra songer à nos conditionnements… en tous genres. Trouver le naturel et il s'échappe au galop, la sincérité du corps qui s'enlève tout voile est loin d'être évidente. Pour
la petite délurée, Marie Vennin, pour qui ce ne fut qu'un malentendu amoureux, ce ne sera pas une révélation et c'est celle des trois qui ne poursuivra pas une expérience qui restera unique.
Il y eut des modèles célèbres, on n'en parlera pas ici, pas plus que de "cover-girls". Il ne sera question que d'un métier tout simple. Et c'est la parole qui se dévoilera plus que le corps, en
toute intimité et bonheur.
Suzane VANINA (Bruxelles)
1) au "Théâtre de l'L" dans la 4ème édition du Festival "Enfin Seuls. Cédric Juliens fut récompensé "Meilleur Espoir Masculin" au Prix de la Critique 2006-2007
Texte : Jerôme Duqué
Mise en scène : Guillaume Istace et Nienke Reehorst
Scénographie : Emilie Cottam - Vidéo : Benoît Luporsi
Interprétation : Daphné D'Heur, Monique Fluzin, Cédric Juliens, Marie Vennin
Lumière : Joëlle Reyns
Du 4.3 au 5.4.2008 au Théâtre du Méridien – Tél : +32(0)2.663.32.11
www.theatredumeridien.be - info@theatredumeridien.be –
Crédits photos © Thyl Beniest
Parole de lecteur