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Festival d'Avignon

27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 22:47
UNE BRUTALE CONFRONTATION

Lorsque Jean-Paul Sartre écrivit « L’enfer, c’est les autres », il pensait surtout à la place que les autres tiennent dans notre pensée. C’est bien cette préoccupation tenace, voire douloureuse, qu’évoque Kvetch, la pièce de Steven Berkoff donnée au Théâtre des Bains-Douches du Havre.


La pièce de Berkoff repose en effet sur l’alternance, un peu systématique il est vrai, des dialogues et des apartés. Les premiers expriment une parole sociale et policée, respectant des règles élémentaires de savoir-vivre. Dans les seconds, se déchaîne une violence intime, nourrie de frustrations, de rancœurs, de jalousies, de haines suspectes et de ressentiments longuement accumulés.

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Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, les acerbes considérations des personnages révèlent moins une vipérine méchanceté qu’un désarroi profond, une angoisse devant une existence jalonnée d’échecs et lourde de menaces. « J’ai peur du cancer, de la maladie, du chômage, de l’impuissance, des noirs, des blancs, de la police, des redevances, des impôts, de perdre de l’argent, de devenir gros, de devenir laid… », avoue ingénument un des protagonistes de la pièce. On le voit, rien n’échappe à ce ressassement délétère. Ni la vie conjugale, ni les soucis professionnels, ni les troubles obsessions d’une sexualité condamnée à la performance et sujette à toutes les dérives. Cependant, la brutalité des propos, la crudité du langage ne sont ici que de vaines parades, des rodomontades grossières et de pauvres surenchères contre d’obscurs ennemis : l’usure du temps, des corps et des sentiments, le dégoût de soi-même et le vide de sa propre existence dont les autres, cet enfer sartrien, offrent le dérisoire reflet.

Une pathétique agitation

Mais nous sommes au théâtre dont Berkoff n’ignore pas les lois. S’il se livre aux constats sans appel que nous venons d’évoquer, il prend le parti pris d’en rire. Humour grinçant, on s’en doute, qui laisse au metteur en scène un choix qui reste ouvert. La lecture de Ludovic Pacot-Grivel n’insiste pas lourdement sur les conflits entre les héros et sur l’aspect agonistique de la comédie, si évidents dans le texte. Le jeu des acteurs souligne plutôt l’inanité d’agressions verbales qui demeurent d’ailleurs des monologues intérieurs sans destinataire réel. Le « déballage des pensées » est ici moins véhément que pitoyable. Manifestant visuellement son inutilité, Pacot-Grivel a choisi, pendant son déroulement, de figer les autres personnages, surpris dans des attitudes qui créent d’absolus contrepoints aux confidences en cours et composent une sorte de fresque ironique, de grimaçant tableau.

Le metteur en scène rend ainsi manifeste l’alternance des dialogues et des apartés, accentuant encore son caractère mécanique. Elle pourrait, à la longue, devenir un peu fastidieuse si les figures composées n’étaient particulièrement réussies. Celle de la mère de famille, parfaite incarnation de la femme au foyer et fausse Pénélope qui succombe à d’étonnantes rêveries érotiques. Celle de son époux qui lui voue une morose détestation avec un acharnement qui ne convainc personne. Celles de la grand-mère, des amis, du petit chef qui s’enlisent eux aussi dans les sables mouvants de leur vie quotidienne. Pathétique et vaine agitation exacerbée par le culte de la réussite prôné par une Amérique friande de success stories.

Selon la tradition, la comédie nous tend ici son miroir déformant où nous sommes le plus souvent forcés de nous reconnaître. On se dit aussi qu’en ces temps où l’on exalte une certaine transparence, il vaut mieux garder pour soi les incontrôlables pensées qui s’imposent à notre univers mental. « J’ai monté cette pièce parce que je hais l’hypocrisie », nous a confié le metteur en scène. Il convient pourtant de réserver aux histrions incarnant ici les personnages de Berkoff une radicale sincérité qui rendrait invivable toute relation sociale.

Yoland SIMON (Le Havre)

Kvetch
De Steven Berkoff
Au théâtre des Bains-Douches du Havre
Mise en scène de Ludovic Pacot-Grivel
Avec Renaud Benoit, Cedric Clodic, Charlotte Laemmel, Yann de Monterno, Prune.
Création lumière : Cécile Hermine Delingette

Production : Théâtre des Bains-Douches
Tournée en cours d’élaboration

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Published by Yoland SIMON - dans En Région 2007-08
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