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Festival d'Avignon

29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 12:57
TENDRE CONFRONTATION

Ce soir là, la petite salle de l’Espace Baudelaire a pris des allures de cours d’école, de salle de classe ; bien loin cependant de nous faire la leçon, la pièce table sur un partage d’émotions, au fil d’une rétrospective des souvenirs d’école, gravés dans tous nos cœurs adolescents. Une proposition touchante, signée Frigyes Karinthy et mise en scène par Franck Taponard, à savourer intimement, comme une douce nostalgie écolière.


Aux côtés de son comparse Micky Dedaj, Franck Taponard pioche dans le panel des anecdotes scolaires pour en illustrer les plus cocasses comme les plus tendres. Les deux comédiens se donnent le mot, tour à tour, pour nous conter avec application et minutie l’angoisse de l’interrogation surprise, le terrifiant bulletin scolaire ou l’appréhension du redoublement. Des situations collégiennes où tout le monde s’y retrouve tant les peurs, les ressentis et les questionnements des personnages sont familiers et inscrits dans le vécu des anciens élèves que nous sommes. Mais l’œuvre du romancier hongrois se raconte, se joue, se lit et se regarde le sourire aux lèvres. Car si l’institution scolaire est source de contrariétés, elle marque aussi le temps de l’insouciance, de la fougue, et de tous les possibles.

Cette parole adolescente côtoie pourtant les mots d’adulte et laisse poindre la douce amertume de celui, l’auteur, qui porte un regard sur le passé. Mais de ce discours presque trop sérieux, nous goûtons à une langue imagée et délicieusement métaphorique. L’institution scolaire devient symbole de la patrie, et l’élève n’est autre qu’un guerrier, qui, tous les jours, s’en va au front défendre son pays, usant chaque fois de stratégies et de ruses inédites pour vaincre l’ennemi omnipotent : le professeur. Frigyes Karinthy fait ainsi un clin d’œil discret à sa Hongrie natale comme à sa jeunesse, par de subtiles comparaisons où les identités personnelle et nationale se sont construites autour de frontières incertaines et fluctuantes.

Quand l’enfance se trace et trépasse

Il semblerait que le texte de Frigyes Karinthy ne soit pas spécifiquement destiné à la représentation théâtrale du fait de la primauté accordée à la narration. L’aspect récitatif n’a cependant pas empêché Franck Taponard d’aboutir à une forme dramatique intéressante. Cette particularité donne en effet son charme à la pièce, plaçant les deux comédiens entre action et narration, obligeant à une mise en retrait régulière pour conter les faits, ou à une interprétation démultipliée pour faire vivre les face à face prof-élève. Car deux présences scéniques donnent naissance à une dizaine de figures adolescentes différentes, sans jamais, toutefois, jouer simultanément et créer un dialogue. Les comédiens passent tour à tour de l’ombre à la lumière et s’adressent, seuls, au public, comme un enfant qui raconterait sa journée d’école à ses parents, avec un mélange de réalité et d’imaginaire, de perfidie et d'innocence.

Outre cette alternance de jeu qui évite la monotonie, le récit est cadré par de brefs intermèdes musicaux, ponctué d’intertitres et de dessins projetés sur un écran en fond de scène, jusqu’au film d’animation final, plutôt inattendu. Mais cette dernière rupture scénique s’accorde avec une rupture textuelle, conclusion où l’auteur semble indirectement parler de lui, par la rencontre de l’adulte qu’il est devenu, l’écrivain, avec l’enfant qu’il était. Un rapport froid et dur qui se démarque de l’humour et de la sensibilité précédentes, soulignant l’idée maîtresse de Karinsky que « nous, adultes, nous savons d’où nous prenons notre origine : pour pouvoir naître, l’enfant que nous étions dut mourir et partir.”

Anne CARRON (Lyon)


M’sieur (Malheurs et joies de collégiens), de Frigyes Karinthy
Adaptation et mise en scène : Franck Taponard / Compagnie La fille du pêcheur
Avec : Micky Dedaj et Franck Taponard

Images d’animation : Stéphane Hirlemann
Musique : Gilles Lafay /  Monsieur Orange
Lumières : Jérôme Allaire
Collaboration artistique : Yoann Tivoli

Du 25 au 27 mars 2008 à l’Espace Baudelaire, 83 avenue de l’Europe 69140 Rillieux-la-Pape
Tél : 04 37 85 01 50 / www.ville-rillieux-la-pape.fr

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Published by Anne CARRON - dans En Région 2007-08
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