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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 15:12
[Notre critique s'est livré à un exercice de style savoureux, rédigeant son article à la façon du tribunal des flagrants délires, en hommage à Pierre Desproges.]

COUPABLE !

Emmanuel Matte rend un vibrant hommage à Desproges, le cinglant amuseur qui nous manque méchamment tant à la radio qu’au théâtre. Evidemment, c’est drôle, iconoclaste et impertinent. Mais il y a aussi un formidable comédien qui relève un sacré défi.


Français, Françaises, rueduthéatreux, rueduthéatreuses, lectorat chéri mon amour !

Nul dessein ici d’aller jouer imbécilement sur le patronyme de l’accusé. Ce serait trop simple et la simplicité n’a pas de mise en cet antre du bon goût électronique. Même s’il est vrai qu’il aurait tout de même pu faire un effort, le bougre ! On se contentera donc de dire que Matte c’est brillant. Oui, c’est nul. Si encore c’était nul, cet humour que, mixé, Matte ose, ce que Matte adore. Mais non, même pas. Matte c’est brillant. Forcément puisque Matte, c’est avant tout Desproges. Vous matez la transition ?

Desproges. Ah, lectorat de moins de vingt ans, je te sens face à un trou béant d’incertitude dès que de mes doigts pas encore complètement arthritiques je tapote sur mon clavier ce nom que nous, quadra bien tassés, avons érigé en parangon absolu de l’humour noir et vitriolé. Retour en arrière, ou, comme disent ces bobos boursouflés d’américanisme ronflant : « flash back ».



C’est à l’aube des années 70 que cet affreux zozo fait irruption sur les écrans noirs et blancs de vos mornes après-midi dominicaux en rivalisant de férocité joviale avec un Luron déjà au faîte de la gloire. Son immense talent et sa bouille rigolarde au sourire goguenard à laquelle il faut ajouter une voix pincée d’où la moquerie jaillit comme source vive vont rapidement le hisser haut au firmament de ces agitateurs qu’on appelle « amuseurs ». Théâtres, recueils de chroniques, radio, télé, cinéma : en dix ans il a tout fait. Précoce. Tellement précoce qu’à 49 ans il était déjà mort, dites donc !

Venu vous donner (pardon : vous vendre. Faut pas déconner quand même) du rire subtil et noir, Emmanuel Matte va fustiger, par la plume acerbe et misanthropique de son modèle, cette société décadente et décatie où pêle-mêle se retrouvent dans un même élan de crétinerie collective les adeptes du bistouri esthétisant, les misogynes et les féministes, les racistes de tous bords, les pacifistes bêlants et les bellicistes aboyants, les hypocrites et les hypocondriaques, les publicités mensongères et les cons qui les écoutent…

Juché sur un tabouret, fringué à la six quatre deux, le « desprogeophile » vous parle depuis une cage de verre, cabine téléphonique sans téléphone. On dirait un bouclier pour se protéger d’éventuels lancers de légumineux avariés qu’un militant FN ou un pratiquant stalinien égaré dans ce show trop bizarre pour lui risquerait de commettre. Vingt ans après son trépas, Desproges dérangerait-il donc encore ? Mais plus que jamais, très cher. Depuis l’euro, les francs ne sont plus mais les hypocrites pullulent toujours ! On ne fume plus nulle part mais les cons font toujours un tabac ! 

Le rire, celui-là même qui nous différencie tant de l’animal, ce rire qui nous sauve de tout est donc bien là, dans ce splendide théâtre du même nom. Ce n’est pas un rire innocent. Forcément, Emmanuel Matte est coupable. Mais le public qui viendra l’applaudir vous en convaincra mieux que moi.

Franck BORTELLE (Paris)

Mon Cadavre sera piégé
Textes de Pierre Desproges
Avec Emmanuel Matte

Mise en scène : Julia Vidit
Montage : Emmanuel Matte et Julia Vidit
Lumière : Kélig le Bars
Scénographie : Mahi Grand
Costume : Fanny Brouste

Durée : 1h20
Théâtre du Splendid, 48 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris
Location : 01 42 08 21 93




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Published by Franck BORTELLE - dans À Paris 2007-08
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